Ce mardi 15 juillet 2025, un drame familial d’une rare violence a secoué une localité du nord d’Haïti. Une mère a poignardé son fils de 17 ans après avoir découvert, en consultant le téléphone de ce dernier, qu’il entretenait une relation homosexuelle. L’adolescent est actuellement hospitalisé.
Une agression choquante dans un cadre domestique
Les faits se sont produits tôt dans la matinée, dans une maison modeste de la région de Limbé, selon une source hospitalière ayant requis l’anonymat. L’adolescent, prénommé Kenley (nom modifié pour préserver son identité), aurait été attaqué dans sa chambre après une dispute verbale qui aurait rapidement dégénéré. Touché à l’abdomen et à l’épaule, il a été transporté en urgence à l’hôpital départemental du Nord, où il reçoit actuellement des soins. Son pronostic vital est engagé mais stabilisé.
Témoignages mêlés de stupeur et de peur
« On les croyait proches… Elle l’appelait toujours ti chéri, elle était fière de lui. Et maintenant, elle dit qu’il l’a déshonorée. C’est terrible. », confie une voisine, la voix tremblante. D’autres membres de la communauté, choqués mais peu surpris, évoquent un climat général d’intolérance.
Une infirmière de l’hôpital déclare :
« Ce n’est pas la première fois qu’on reçoit un jeune agressé pour des raisons liées à son orientation sexuelle. Mais quand cela vient d’un parent, c’est encore plus bouleversant. »
Une mère en garde à vue
La mère de l’adolescent a été arrêtée peu après les faits. En garde à vue au commissariat de la ville, elle aurait déclaré avoir agi « dans un moment de colère et de confusion ». Selon les autorités locales, une enquête est en cours pour déterminer s’il s’agit d’un crime motivé par la haine homophobe.
Le poids du silence et de l’homophobie en Haïti
En Haïti, bien que l’homosexualité ne soit pas pénalement réprimée, les personnes LGBTQ+ vivent sous une pression sociale constante, alimentée par des traditions patriarcales, des croyances religieuses et l’absence de protections juridiques spécifiques. Les agressions, souvent passées sous silence, se produisent aussi bien dans l’espace public qu’au sein des familles.
Selon une enquête de l’organisation Kouraj, 71 % des jeunes LGBTQ+ en Haïti déclarent avoir subi au moins une forme de violence physique ou psychologique de la part de proches.
Un drame révélateur d’un malaise collectif
Ce drame soulève à nouveau une question troublante : comment un adolescent, encore dans la construction de son identité, peut-il être brutalement rejeté, voire agressé, par son propre parent au seul motif de son orientation ?
Dr. Micaël Télusma, psychologue spécialisé dans les questions de genre, rappelle :
« Ce genre de violences découle d’un manque d’éducation affective et sexuelle, mais surtout d’une peur profonde de l’inconnu et du jugement social. Beaucoup de parents se sentent piégés entre amour filial et pression culturelle. »
Appels à la sensibilisation et à la réforme
Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer des mesures concrètes : éducation à la diversité dans les écoles, sensibilisation communautaire, formations pour les personnels de santé et de justice. L’association SEROvie, engagée depuis des années pour les droits LGBTQ+, a appelé à « briser le mur du silence familial et institutionnel qui tue à petit feu ».
Une tragédie, mais pas une fatalité
Alors que Kenley lutte pour sa vie à l’hôpital, les réseaux sociaux haïtiens s’agitent, entre indignation, soutien et discours haineux. Le débat est lancé — et il devra être soutenu au-delà de l’émotion, car derrière chaque cas isolé se cache une société entière, en tension entre traditions et droits humains.
« Ce n’est pas la honte d’un enfant homosexuel qu’il faut dénoncer, mais la honte de la haine travestie en amour parental. » disait l’autre



