L’Union européenne a officiellement annoncé, le 15 décembre 2025, une nouvelle série de sanctions ciblées contre plusieurs personnalités haïtiennes et un groupe armé, pour leur implication présumée dans le financement des gangs, des crimes graves et des violations répétées des droits humains.
Des informations rapportées par le média Satellite509 font état de mesures visant notamment l’ancien président Michel Martelly, son ex-conseiller Youri Latortue, ainsi que Rony Célestin, considéré par les autorités européennes comme un acteur central de la violence armée en Haïti.
Selon la décision européenne, Michel Martelly et Youri Latortue sont accusés d’avoir armé, soutenu et financé des groupes criminels, à des fins à la fois politiques et économiques, contribuant ainsi à l’instabilité chronique du pays. Ces accusations s’inscrivent dans la continuité de plusieurs rapports internationaux qui pointent depuis des années les liens étroits entre certaines élites politiques et les gangs armés.
Rony Célestin, figure clé de la violence armée
Dans ce même paquet de sanctions, Rony Célestin est désigné comme un acteur majeur de la criminalité organisée, impliqué dans la violence armée, la contrebande et des assassinats ciblés, dont celui du journaliste Néhémie Joseph, tué en 2019.
Ce crime, longtemps resté sans réponse judiciaire claire en Haïti, est régulièrement cité par les organisations de défense de la presse comme l’un des symboles de l’impunité dont bénéficient certains réseaux violents.
Pour l’Union européenne, ces activités constituent une menace directe pour la sécurité régionale, la liberté de la presse et les droits fondamentaux de la population haïtienne.
Le gang 5 Segond également sanctionné
Au-delà des individus, l’UE a également inscrit sur sa liste noire le gang 5 Segond, basé à Village-de-Dieu, tristement connu pour une longue série d’atrocités : enlèvements, massacres, violences sexuelles, attaques contre les forces de l’ordre et paralysie de quartiers entiers de la capitale.
Ces sanctions entraînent le gel des avoirs détenus dans l’Union européenne, l’interdiction de financement, ainsi que des restrictions de voyage sur l’ensemble du territoire européen pour les personnes et entités visées.
Une reconnaissance internationale de ce que les Haïtiens dénoncent depuis longtemps
Pour de nombreux observateurs, cette décision européenne représente une forme de reconnaissance officielle de réalités que la population haïtienne dénonce depuis des années :
l’existence d’un système où des figures politiques, économiques et criminelles coexistent, s’entraident et prospèrent sur le chaos.
Alors que la justice haïtienne peine à enquêter, poursuivre et juger les responsables de crimes majeurs, ce sont une fois de plus des acteurs internationaux qui prennent l’initiative de sanctions concrètes. Une situation qui suscite à la fois un sentiment de soulagement et une profonde amertume au sein de l’opinion publique.
Des sanctions fortes, mais une question centrale demeure
Si ces mesures européennes marquent un tournant symbolique important, une question essentielle reste posée :
quelles conséquences réelles auront-elles sur le terrain, pour une population prise en étau entre gangs armés, effondrement institutionnel et impunité persistante ?
Sans un appareil judiciaire national capable de prendre le relais, de poursuivre les enquêtes et d’appliquer la loi sans distinction de rang, de richesse ou d’influence, les sanctions internationales risquent de rester un outil de pression externe, sans véritable traduction locale.
Pour beaucoup d’Haïtiens, cette annonce est donc à la fois un signal fort et un rappel brutal : la lutte contre l’impunité avance, mais toujours sans l’État haïtien en première ligne.


