Le peuple haïtien en a assez. Assez des promesses creuses, des tables de négociation sans lendemain, des « accords » signés matin, midi et soir qui ne servent qu’à morceler l’État, à entretenir un chaos politique soigneusement orchestré et à piller les ressources d’un pays déjà à genoux.
Depuis des années, le mot accord est devenu presque insultant aux oreilles de la population. Accords de transition, accords de gouvernance, accords politiques en tout genre : ils pleuvent, s’empilent et disparaissent les uns après les autres, sans jamais améliorer les conditions de vie du peuple. Ces documents signés en grande pompe par une élite politique déconnectée n’ont pas vocation à construire, mais à diviser et à asseoir des intérêts privés sous couvert d’un langage démocratique.
Une classe politique à bout de souffle
La classe politique traditionnelle a échoué. C’est un constat largement partagé dans les rues, sur les réseaux sociaux, dans les marchés, dans les écoles, dans les quartiers les plus reculés du pays. Elle a été incapable de proposer une vision, une stratégie ou même un minimum de stabilité. À la place, elle s’est montrée experte en manœuvres dilatoires, en alliances circonstancielles et en promesses jamais tenues.
Ce que réclame le peuple aujourd’hui, ce n’est pas un nouvel accord. Ce sont des résultats. Une gouvernance éthique, une justice fonctionnelle, des écoles ouvertes, des hôpitaux équipés, une sécurité retrouvée. Mais surtout, une rupture nette avec cette politique de recyclage où les figures discréditées du passé cherchent sans relâche à revenir sur le devant de la scène.
Le retour de Jean Henry Céant : un symbole du rejet populaire
C’est dans ce climat de méfiance et d’exaspération généralisée que l’ancien Premier ministre Jean Henry Céant signe son retour sur la scène politique. À travers un communiqué rendu public le mardi 17 juin 2025, son parti Renmen Ayiti appelle à la construction d’un « accord global de transition d’un an » à compter du 7 février 2026, alors que le mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) approche de son terme.
Mais ce retour passe mal. Céant, déjà désavoué par une grande partie de la population lors de son passage à la Primature, et récemment sanctionné par le gouvernement canadien pour son rôle supposé dans la corruption et le dysfonctionnement de l’État, ne semble pas incarner le renouveau souhaité par les Haïtiens. Pour beaucoup, ce communiqué n’est rien d’autre qu’une nouvelle tentative d’un homme politique en quête de légitimité, qui n’a jamais su répondre aux attentes du peuple.
« Non à Céant », entend-on dans plusieurs quartiers de la capitale. Ce refus va bien au-delà de sa seule personne. Il illustre une volonté populaire de tourner la page sur toute une génération de dirigeants qui ont trahi les espoirs d’un pays meurtri, exploité et délaissé.
Une transition sans imposteurs
L’heure n’est plus aux faux dialogues ni aux accords de façade. Ce dont Haïti a besoin, c’est d’un sursaut de conscience nationale. Un projet de transition, certes, mais sans les visages usés de la politique clientéliste. Un projet porté par des femmes et des hommes intègres, légitimes, proches des réalités du terrain. Un projet fondé sur l’écoute, la justice et la dignité.
Le peuple haïtien, trop longtemps trahi, ne se laissera plus berner. Il observe, il se mobilise, il exige des comptes. Il veut écrire sa propre histoire, loin des imposteurs et des escrocs en costume-cravate.



