Le climat d’intimidation contre la presse haïtienne franchit un nouveau cap. Le journaliste Djovany Michel, connu pour ses enquêtes sur la corruption et la gouvernance économique, a affirmé être la cible de multiples menaces de mort à la suite de révélations mettant en cause Philippe Bayard, président-directeur général de la compagnie Sunrise Airways.
Dans un message publié sur son compte officiel, le journaliste a déclaré :
« Je dénonce publiquement les graves menaces de mort et tentatives d’intimidation que je subis depuis mes révélations sur Philippe Bayard, PDG de Sunrise Airways. »
Selon ses propos, il aurait révélé l’existence d’une dette de plusieurs millions de dollars américains que Sunrise Airways devrait à l’État haïtien, ainsi que l’implication présumée de la compagnie dans l’attaque armée contre l’aéroport international Toussaint Louverture à Port-au-Prince, un incident qui avait paralysé le trafic aérien national et international.
Ironie du sort, Sunrise Airways était alors la seule compagnie à maintenir ses vols, une situation que Michel qualifie de « monopole déguisé du transport aérien en Haïti ».
Une situation de plus en plus dangereuse pour la presse haïtienne
Depuis la publication de ces informations, Djovany Michel vit dans la peur. Il affirme avoir reçu des appels anonymes menaçants, dont un message glaçant :
« Djovany, n’importe où tu es, on va te trouver et te faire taire si tu ne retires pas tes accusations contre Sunrise. »
Ces menaces, selon plusieurs observateurs, s’inscrivent dans un contexte alarmant d’insécurité pour les journalistes en Haïti, où la liberté d’informer devient un acte de courage. Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), dont Michel est le secrétaire général, a déjà dénoncé à plusieurs reprises les pressions, intimidations et attaques visant les professionnels des médias qui s’intéressent à des dossiers sensibles.
« Ce qui arrive à Djovany Michel n’est pas un cas isolé », rappelle un membre du collectif. « Il incarne une presse d’investigation qui refuse de se taire face aux puissances économiques et politiques, et c’est précisément ce courage qui dérange. »
Appel à la communauté internationale
Dans son message, le journaliste interpelle l’opinion publique nationale et internationale, ainsi que l’ONU, l’UNESCO, Reporters sans frontières, l’OEA et le CPJ, demandant une protection urgente et l’ouverture d’une enquête internationale indépendante.
« Ma vie est en danger. J’alerte la communauté internationale sur ces menaces qui visent à faire taire la vérité », a-t-il écrit.
Des appels à la solidarité se multiplient depuis la publication de son message, plusieurs organisations de défense des droits humains rappelant que la protection des journalistes est un pilier de toute démocratie, et que l’impunité des agresseurs menace directement le droit du public à l’information.
Sunrise Airways au cœur de la controverse
Sunrise Airways, principale compagnie aérienne opérant encore régulièrement sur Haïti malgré l’insécurité croissante, est depuis longtemps l’objet de critiques pour ses tarifs élevés et son absence de transparence financière.
Les accusations portées par Djovany Michel — notamment l’existence d’une dette importante envers l’État haïtien — mettent une nouvelle fois en lumière les liens troubles entre certains acteurs économiques et le pouvoir politique.
Pour l’heure, aucune réaction officielle de Sunrise Airways ni de son PDG Philippe Bayard n’a été enregistrée. Mais dans les milieux journalistiques, la crainte grandit : « Si Djovany Michel, figure emblématique du journalisme d’investigation, n’est pas protégé, c’est toute la presse haïtienne qui est muselée », a confié un confrère sous couvert d’anonymat.
La liberté de la presse à un tournant
Les menaces visant Djovany Michel rappellent tristement les cas récents d’autres journalistes victimes d’agressions ou d’assassinats en Haïti, souvent dans une indifférence institutionnelle quasi totale.
Face à l’absence de garanties sécuritaires et judiciaires, de nombreux reporters vivent aujourd’hui dans la peur, l’exil ou le silence forcé.
L’affaire Michel marque un nouveau test pour les autorités haïtiennes : sauront-elles assurer la sécurité d’un journaliste menacé pour avoir simplement fait son travail, ou choisiront-elles, une fois de plus, de détourner le regard ?
En Haïti, dire la vérité est devenu un acte de survie.
Et à travers Djovany Michel, c’est toute une génération de journalistes qui réclame aujourd’hui une seule chose : le droit de parler sans mourir.



