Ce mardi 30 septembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a franchi une nouvelle étape dans le dossier haïtien. Après plusieurs semaines de tractations diplomatiques, les quinze membres se sont prononcés sur une résolution visant à créer une nouvelle mission internationale pour combattre l’emprise des gangs armés en Haïti.
Le texte a été adopté à une large majorité : 12 voix pour, aucune contre, et trois abstentions — la Russie, la Chine et le Pakistan. Bien que Moscou et Pékin disposent du droit de veto, ils ont choisi de ne pas bloquer la résolution, se limitant à exprimer leurs réserves par l’abstention.
Une nouvelle force baptisée « Gang Suppression Force »
Selon une copie du document consultée par le Miami Herald, la nouvelle entité portera le nom de Gang Suppression Force (GSF). Elle sera composée de 5 550 membres en uniforme — des militaires et des policiers — ainsi que de 50 civils chargés de fonctions techniques et administratives. Cette mission remplacera la force multinationale jusque-là conduite par le Kenya, dont le mandat arrivait à terme après une année de déploiement difficile.
La GSF s’appuiera sur un principe déjà éprouvé : le financement par contributions volontaires des États membres. Un choix qui suscite interrogations et inquiétudes, car la dépendance à la générosité des bailleurs a souvent limité les capacités opérationnelles des forces précédentes.
Objectifs et mandat
Le mandat de cette nouvelle mission s’annonce ambitieux. D’après les diplomates proches du dossier, la GSF devra :
- sécuriser les infrastructures vitales (ports, aéroports, hôpitaux, écoles) souvent ciblées par les gangs ;
- soutenir la Police nationale haïtienne par un appui logistique, technique et opérationnel
- mener des opérations ciblées pour neutraliser les groupes armés, protéger les civils et rétablir une circulation minimale à Port-au-Prince et dans plusieurs grandes villes ;
- faciliter l’accès humanitaire aux zones coupées du reste du pays par la violence.
Un premier bilan des activités de la GSF est prévu dans neuf mois, avant une réévaluation du mandat au bout d’un an.
Entre espoir et scepticisme
À Port-au-Prince, la nouvelle suscite des réactions contrastées. Dans les quartiers les plus touchés par les affrontements, beaucoup espèrent que cette force marquera enfin un tournant.
« Depuis des mois, nous ne dormons pas la nuit. Si cette force peut au moins nous donner la possibilité d’envoyer nos enfants à l’école sans peur, ce sera déjà énorme », confie une mère de famille de Carrefour-Feuilles.
Mais la méfiance reste forte. Les souvenirs des missions précédentes, entachées par des scandales de droits humains et l’épidémie de choléra introduite en 2010 par des casques bleus, demeurent vivaces.
Un enseignant de Delmas tempère :
« L’intervention étrangère peut stabiliser temporairement, mais si l’État haïtien ne reprend pas ses responsabilités, ce sera encore une illusion de plus. »
Les réserves internationales
La Russie et la Chine ont expliqué leur abstention en dénonçant un texte « déséquilibré » et « trop dépendant de financements incertains ». Pékin a insisté sur la nécessité de solutions « durables et souveraines », tandis que Moscou a exprimé ses doutes sur l’efficacité d’une énième intervention militaire internationale dans un pays déjà fragilisé par de multiples missions étrangères.
De son côté, le Pakistan a justifié son abstention par des préoccupations budgétaires et logistiques.
Une mission sous pression
Le défi de la GSF est immense. En 2025, plus de 80 % de la capitale haïtienne est considéré comme étant sous le contrôle direct ou indirect de gangs lourdement armés. Les enlèvements, extorsions et affrontements armés rythment le quotidien de millions d’habitants. La police nationale, largement sous-équipée et démoralisée, ne dispose plus que d’une marge de manœuvre limitée.
Les diplomates reconnaissent en privé que cette force devra non seulement imposer un minimum de sécurité, mais aussi restaurer la confiance de la population dans les institutions haïtiennes — un pari qui dépasse largement le simple déploiement militaire.
L’adoption de cette résolution marque un nouveau chapitre dans l’histoire tourmentée de l’aide internationale en Haïti. Reste à savoir si la « Gang Suppression Force » saura éviter les erreurs du passé et répondre aux attentes immenses d’une population lassée de la violence et des promesses non tenues.
Pour beaucoup d’Haïtiens, la véritable victoire ne se mesurera pas en nombre de patrouilles ou de fusils saisis, mais dans la possibilité, simple et fondamentale, de vivre sans peur.



