Par [Amoureux de la sagesse]-tél (509)3665-2094
Plus de deux ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti reste prisonnière d’une crise profonde. Pire : l’espoir né de la mise en place du Conseil présidentiel de transition (CPT), censé ramener la paix et organiser des élections libres d’ici février 2026, semble s’effondrer sous le poids de l’inaction, des scandales de corruption et de la violence généralisée.
Alors que le pays est au bord de l’asphyxie, des voix s’élèvent pour dénoncer une trahison politique. « Même une route n’est pas débloquée. Le peuple est abandonné. Et c’est notre propre gouvernement de transition qui nous enterre vivants », témoigne, amer, un habitant des Cayes.
Un Conseil de transition sous haute surveillance… mais sans résultats
Le CPT, formé avec l’appui de la CARICOM et sous l’œil attentif des grandes puissances – États-Unis, Canada, France – devait incarner une solution de sortie de crise. Sa mission : restaurer la sécurité, amorcer un retour à la vie démocratique, organiser des élections crédibles et remettre le pouvoir à des dirigeants élus par le peuple haïtien d’ici le 7 février 2026.
Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. La crise sécuritaire s’est aggravée. De nouveaux territoires passent sous le contrôle de gangs armés, notamment dans la capitale Port-au-Prince et ses environs. Le Grand Sud reste coupé du reste du pays : les routes principales, notamment celles reliant Port-au-Prince à Les Cayes ou à Jérémie, sont toujours bloquées ou trop dangereuses pour être empruntées. Seuls les avions et hélicoptères peuvent transporter des personnes ou des marchandises.
Paysans ruinés, routes bloquées, aliments pourris
Pour les paysans du Sud, cette situation est une double peine. Incapables d’acheminer leurs produits agricoles vers la capitale ou les grands marchés, ils voient leurs récoltes pourrir dans les champs ou les entrepôts. « Nous n’avons pas les moyens de payer 300 dollars américains pour monter dans un avion, encore moins pour faire l’aller-retour », explique Jean-René, cultivateur dans le département de la Grand’Anse. « On nous tue lentement. »
Ces blocages ne sont pas seulement logistiques, ils sont criminels. Ils privent une population déjà appauvrie de revenus vitaux, tout en empêchant l’accès à l’éducation, aux soins de santé et à la nourriture dans certaines régions enclavées.
Des millions débloqués, mais pour qui ?
Pendant ce temps, le CPT est dans la tourmente. Des révélations récentes pointent du doigt une gestion opaque des fonds alloués par la communauté internationale. Des voyages jugés inutiles, des salaires exorbitants, des avantages personnels en hausse… Autant d’éléments qui alimentent la colère de la population. Dans un pays où la majorité des écoles, des hôpitaux et des universités sont fermés à cause des violences, les dépenses somptuaires de certains membres du Conseil passent mal.
« Ils vivent dans les hôtels, ils se déplacent en blindés, ils voyagent à l’étranger… pendant que le peuple meurt de faim ou de peur. C’est une trahison en plein jour », dénonce un ancien cadre du Ministère de l’Éducation, aujourd’hui réfugié à Saint-Domingue.
Un peuple abandonné, une communauté internationale complice ?
Face à cette dégradation continue, beaucoup s’interrogent sur le rôle de la communauté internationale. Accusée d’imposer des solutions de l’extérieur, souvent déconnectées des réalités locales, elle semble aujourd’hui silencieuse face à l’échec patent du Conseil présidentiel de transition.
« Haïti est devenue un laboratoire de souffrance. Un peuple sacrifié, des dirigeants qui s’enrichissent, et une communauté internationale qui regarde ailleurs », s’indigne un universitaire haïtien exilé à Montréal. « Les prières du nègre n’ont point de charme, écrivait Aimé Césaire. Cela n’a jamais été aussi vrai. »
Vers une échéance incertaine
Le 7 février 2026, date symbolique du transfert du pouvoir à des élus issus d’élections libres, approche à grands pas. Pourtant, à ce jour, aucun calendrier électoral n’a été rendu public. L’insécurité empêche même d’envisager un recensement électoral ou une campagne dans des conditions minimales.
Dans les rues, l’espoir s’amenuise. Beaucoup doutent désormais que les élections aient lieu. D’autres craignent que le Conseil ne cherche à prolonger son mandat indéfiniment.
Haïti n’est pas simplement en crise. Elle est à genoux. Et cette fois, les Haïtiens ne sont pas seulement victimes de catastrophes naturelles ou de la pauvreté : ils sont pris en otage par un système politique qui ne les protège plus – et parfois même, qui les trahit.



