La commune paisible de La Chapelle, dans le département de l’Artibonite, a été secouée hier, dimanche 22 juin, par une attaque d’une rare violence menée par des hommes lourdement armés, identifiés comme des membres du gang « Talliban », une faction affiliée au réseau criminel et terroriste connu sous le nom de « Viv Ansanm ».
Selon les autorités locales, les assaillants ont pris pour cible le sous-commissariat de police de la commune, qu’ils ont méthodiquement pillé avant d’y mettre le feu. Le bâtiment a été entièrement détruit, ne laissant derrière lui que des décombres calcinés. Aucune victime n’a été officiellement signalée pour le moment, mais plusieurs agents de police auraient dû fuir précipitamment les lieux sous la menace directe des assaillants.
Un climat de terreur en pleine zone rurale
Le maire de La Chapelle, Fonrose Dieuseul Robinson, a confirmé l’attaque lors d’un point de presse improvisé lundi matin. Visiblement ému, il a dénoncé « un acte lâche et barbare » visant à semer la terreur parmi la population. « Ce que nous vivons ici est inacceptable. Ces criminels armés ont franchi un nouveau cap. L’État doit reprendre le contrôle », a-t-il déclaré, appelant à un renforcement urgent de la présence des forces de sécurité dans la région.
Selon des habitants interrogés sur place, les assaillants ont fait irruption peu avant la tombée de la nuit, en tirant en l’air pour disperser la foule. Des commerces auraient également été vandalisés dans les environs du marché communal. Plusieurs familles ont fui leur domicile par crainte d’une nouvelle incursion.
Un signal fort envoyé par le gang « Talliban »
Le gang « Talliban », actif dans plusieurs communes du Bas-Artibonite, serait en pleine expansion ces derniers mois. Leur ralliement au groupe extrémiste « Viv Ansanm » inquiète les autorités haïtiennes, ce dernier étant déjà désigné comme structure terroriste locale par plusieurs observateurs nationaux et organisations de défense des droits humains.
Selon des sources sécuritaires, l’attaque contre La Chapelle aurait été planifiée comme une démonstration de force à la veille d’un remaniement prévu dans la chaîne de commandement de la PNH (Police nationale d’Haïti) dans la région. D’autres communes voisines comme Liancourt ou Saint-Marc pourraient être à leur tour visées si la réponse des autorités tarde à venir.
Une population abandonnée à elle-même ?
Le sentiment d’abandon est palpable chez les habitants. « On vit dans la peur. Chaque soir, on se demande si ces hommes vont revenir », témoigne une commerçante de La Chapelle. Plusieurs leaders communautaires ont exprimé leur frustration face à ce qu’ils considèrent comme une indifférence prolongée des pouvoirs publics face à la montée de l’insécurité.
Le gouvernement central, pour sa part, n’a pas encore émis de déclaration officielle au moment où nous écrivons ces lignes. Toutefois, des renforts policiers seraient en route depuis les Gonaïves, selon une source proche de la Direction départementale de la PNH.
Contexte : l’Artibonite, nouveau front de l’insécurité
L’attaque de La Chapelle intervient dans un contexte national particulièrement instable. Depuis plusieurs mois, le département de l’Artibonite est devenu l’un des épicentres de l’insécurité en Haïti, aux côtés de Port-au-Prince. Des gangs lourdement armés y opèrent en toute impunité, contrôlant routes, zones agricoles, et parfois même des institutions locales.
L’implication croissante de factions criminelles dans des activités terroristes, notamment à travers « Viv Ansanm », complexifie davantage la réponse sécuritaire. Pour de nombreux observateurs, l’État haïtien fait face non seulement à une crise de gouvernance, mais aussi à une véritable insurrection armée fragmentée, aux ramifications locales et régionales.
À suivre… Le calme semblait revenu ce lundi matin à La Chapelle, mais les habitants restent sur le qui-vive. Pour eux, l’attaque d’hier pourrait n’être qu’un avant-goût de ce qui les attend si aucune réponse rapide et coordonnée n’est mise en œuvre dans les jours à venir.



