Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a officiellement mis un terme, ce vendredi, au projet de nouvelle Constitution, selon des informations confirmées par Le Nouvelliste. Après des mois de réunions, de consultations avortées et de promesses creuses, le texte censé refonder les bases institutionnelles du pays est désormais relégué aux oubliettes. Une décision qui, pour beaucoup, symbolise la faillite d’un processus politique sans vision, et surtout, sans respect pour les deniers publics.
Un projet mort-né, étouffé par l’improvisation
Au départ, la réforme constitutionnelle devait être la grande promesse du CPT : un signal fort d’un pays en quête de stabilité, de cohérence institutionnelle et de modernisation. Mais très vite, le chantier a tourné court. Entre désaccords internes, manque de transparence, absence de méthode et priorité donnée aux luttes d’influence plutôt qu’à l’intérêt national, le projet a fini par sombrer dans le désintérêt général.
« C’est un projet qui n’a jamais véritablement pris forme, parce que personne ne voulait lâcher prise sur les privilèges que la vieille Constitution protège », confie un juriste de la capitale, visiblement désabusé.
De l’argent public gaspillé en silence
Selon plusieurs observateurs, des millions de gourdes auraient été dépensées dans des consultations, des études, des déplacements et des réunions dont la plupart n’ont laissé aucune trace concrète. Des fonds publics utilisés sans reddition de comptes, dans un pays où les écoles manquent de tables, où les hôpitaux n’ont plus de médicaments et où les enseignants attendent leurs salaires depuis des mois.
« C’est tout simplement obscène », réagit un économiste. « Le pays s’enfonce chaque jour davantage dans la misère, et ceux qui prétendent le gouverner continuent de dilapider les ressources sans jamais rendre compte. »
Le sentiment de lassitude et de colère est palpable. Pour beaucoup d’Haïtiens, cet abandon est une gifle supplémentaire dans un quotidien déjà marqué par l’insécurité, la faim et l’absence de perspectives.
Un pouvoir de transition sans cap
Le CPT, censé piloter le retour progressif à un ordre constitutionnel et électoral, semble aujourd’hui naviguer à vue. L’abandon du projet de nouvelle Constitution vient confirmer ce que nombre d’observateurs redoutaient : un pouvoir de transition sans plan, sans cohérence, et sans légitimité populaire réelle.
« Chaque fois qu’Haïti tente une refondation, ce sont les mêmes réflexes politiques qui ressurgissent : la capture de l’État, les calculs personnels et l’indifférence au sort du peuple », déplore un sociologue interrogé par téléphone.
Le pays se retrouve, une fois de plus, face à un vide institutionnel. Aucun projet de société n’émerge, aucune feuille de route claire n’est annoncée. Pendant que les institutions s’effondrent, que la justice reste paralysée et que les écoles ferment sous les balles, le pouvoir en place donne l’impression d’assister, impuissant, à la lente désagrégation du pays.
Beaucoup craignent que cet abandon ne soit pas qu’un échec administratif, mais un symbole de plus du renoncement collectif : celui d’une élite politique qui a cessé de croire à la reconstruction du pays, préférant la survie individuelle à la responsabilité nationale.
Une gifle pour le peuple
L’échec de cette réforme constitutionnelle n’est pas qu’une affaire de techniciens et de juristes. C’est une blessure supplémentaire pour un peuple qui, depuis des décennies, attend qu’on lui parle enfin de justice, de transparence et de dignité.
L’argent gaspillé dans ce projet mort-né aurait pu financer des centaines d’écoles, réhabiliter des hôpitaux, ou encore créer des emplois pour les jeunes. Au lieu de cela, il s’est évanoui dans le brouillard d’une transition qui n’en finit pas de piétiner.
Et dans les rues de Port-au-Prince, de Cap-Haïtien ou de Jacmel, une même question revient, lancinante :
jusqu’à quand l’État haïtien jouera-t-il avec la misère de son peuple ?
Le gaspillage comme gouvernance
Ce vendredi 10 octobre restera, peut-être, comme une date symbolique : celle d’un naufrage politique annoncé. L’abandon du projet de nouvelle Constitution ne fait que confirmer un constat amer : Haïti n’est pas seulement en crise institutionnelle, elle est en faillite morale.
Quand l’argent du peuple sert à nourrir l’improvisation et l’indifférence, la démocratie se vide de sens. Et tant que cette culture de l’irresponsabilité perdurera, aucune Constitution, ancienne ou nouvelle, ne pourra sauver le pays.



