Par [Amoureux de la sagesse]
Dans un contexte de crise aiguë, où l’insécurité, la pauvreté extrême et le déplacement massif des populations s’intensifient, une révélation du journaliste Roody Sanon suscite l’indignation : 381 millions de gourdes auraient été débloquées par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, uniquement pour financer une campagne de propagande médiatique autour du référendum constitutionnel controversé.
Cette somme colossale, dans un pays dont le tissu social s’effrite jour après jour, soulève de nombreuses questions. À commencer par celle-ci : comment justifier une telle dépense alors que des centaines de milliers de citoyens haïtiens vivent dans des camps de fortune, déplacés par la violence des gangs armés, sans accès à l’eau potable, aux sanitaires de base ni à la nourriture ?
« C’est une insulte à la souffrance du peuple. On dépense des millions pour convaincre les Haïtiens d’accepter un projet dont ils ne veulent pas, pendant que leurs enfants meurent de faim ou de maladies évitables », s’insurge une activiste communautaire de port-au-prince, sous couvert d’anonymat pour sa sécurité.
Une manœuvre dénoncée comme une forme de violence politique
Selon Roody Sanon, les fonds publics ont été répartis entre plusieurs organes de presse afin d’influencer l’opinion publique, dans un effort de “conditionnement” favorable au référendum. Pour beaucoup, cela s’apparente à une stratégie de manipulation de masse, voire à une forme de violence politique symbolique, destinée à forcer un peuple déjà meurtri à légitimer une transition qu’il n’a pas choisie.
« C’est une propagande payée avec l’argent du contribuable, contre le contribuable lui-même », explique un professeur de droit constitutionnel de l’Université d’État d’Haïti. « Dans un tel contexte d’illégitimité institutionnelle, aucun référendum ne peut être considéré comme valable. »
Un pouvoir sans légitimité démocratique
Depuis la dissolution du Parlement et l’absence prolongée d’élections crédibles, le pays fonctionne sans aucune institution démocratiquement élue. Le gouvernement de transition et le CPT, qui étaient censés être des mécanismes temporaires de sortie de crise, sont aujourd’hui perçus par de larges franges de la société civile comme une entité sans fondement légal solide ni représentativité populaire.
Les élections, promises à plusieurs reprises, tardent à venir. Et dans un climat où la violence des gangs, le contrôle de territoires entiers et la désintégration de l’État de droit font rage, beaucoup doutent de la capacité réelle du gouvernement actuel à organiser des élections libres, honnêtes et crédibles.
Le peuple, grand oublié des priorités nationales
Pendant que des millions sont alloués aux médias pour “vendre” un projet constitutionnel, la réalité quotidienne du peuple haïtien reste inchangée, voire empire. Des centaines de milliers d’Haïtiens vivent dans des camps de fortune, fuyant les violences des groupes armés. L’accès à l’eau, aux soins de santé, à la sécurité, ou simplement à la dignité, devient chaque jour plus incertain.
« L’État a complètement abandonné ses responsabilités fondamentales. Ce n’est plus une crise humanitaire, c’est une tragédie nationale organisée dans l’indifférence », déplore un travailleur humanitaire sur le terrain.
Vers un référendum imposé ?
En fin de compte, la campagne de propagande financée par l’État soulève des questions de fond : peut-on parler de référendum lorsqu’il est imposé au peuple au lieu d’être réclamé par lui ? Et à quoi sert un référendum dans un pays sans institutions démocratiques valides ?
Alors que les appels à la refondation d’un contrat social véritablement inclusif se multiplient, le choix du gouvernement de privilégier la communication sur la consultation réelle des citoyens pourrait bien creuser encore davantage le fossé entre le pouvoir et le peuple.



