Tandis que les conflits armés s’intensifient en Ukraine et au Moyen-Orient, leurs répercussions dépassent de loin les champs de bataille. Pour un pays comme Haïti, déjà à une crise humanitaire, institutionnelle et sécuritaire sans précédent, les effets indirects de ces guerres à des milliers de kilomètres sont de plus en plus visibles – et inquiétants.
Des chocs économiques mondiaux qui aggravent la précarité
L’une des conséquences immédiates des conflits en Ukraine et au Proche-Orient est la perturbation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Haïti, qui dépend fortement des importations pour sa survie économique, en subit de plein fouet les effets.
« L’augmentation du prix du blé, causée par la guerre en Ukraine, a eu des répercussions directes sur le prix du pain ici. Pour une population qui vit majoritairement sous le seuil de pauvreté, chaque centime compte », explique Josué Pierre-Louis, économiste à Port-au-Prince. L’Ukraine, surnommée le “grenier de l’Europe”, est l’un des principaux exportateurs mondiaux de céréales. Sa guerre avec la Russie a réduit l’offre globale, provoquant une flambée des prix sur les marchés internationaux.
Autre facteur : la hausse continue des prix des carburants. Les tensions au Moyen-Orient, notamment entre Israël et ses voisins ou avec des groupes armés tels que le Hamas et le Hezbollah, provoquent des craintes sur la stabilité de l’approvisionnement en pétrole. Cette instabilité se répercute sur les marchés mondiaux, augmentant les coûts du transport et de l’énergie. En Haïti, cela se traduit par des hausses des tarifs de transport, de l’électricité – déjà intermittente – et des produits de première nécessité.
Une crise de l’aide humanitaire mondiale
Les grandes puissances détournent aujourd’hui une part significative de leurs ressources diplomatiques, financières et logistiques vers les zones de guerre stratégiques. Cela signifie moins d’attention – et de financement – pour les pays comme Haïti.
« Nous observons un effondrement progressif de l’aide internationale à Haïti, qui coïncide avec une concentration accrue des financements vers l’Ukraine ou Gaza », déplore une responsable locale d’ONG humanitaire. Les Nations Unies elles-mêmes peinent à réunir les fonds nécessaires pour leurs programmes en Haïti, malgré l’urgence humanitaire croissante.
Des risques sécuritaires accrus
Outre les retombées économiques, les conflits géopolitiques actuels favorisent une instabilité globale propice à la circulation illégale d’armes, à la montée de la criminalité organisée, et à la prolifération des groupes armés. Haïti, déjà fragilisé par l’effondrement de ses institutions, devient un terrain fertile pour ce type de dérives.
Des analystes internationaux alertent également sur un autre risque : celui de la marginalisation politique d’Haïti dans les discussions internationales. Tandis que les grandes puissances se disputent l’ordre mondial dans les sphères de l’ONU, de l’OTAN ou des BRICS, les petits États fragiles comme Haïti disparaissent progressivement du radar diplomatique. Cela rend toute solution politique locale plus difficile à soutenir ou à encadrer.
Vers une crise oubliée ?
Pour de nombreux Haïtiens, ces conflits lointains deviennent les déclencheurs d’une détresse plus profonde, d’un sentiment d’abandon généralisé. « On a l’impression qu’on ne fait plus partie du monde. On nous regarde mourir en silence pendant que les puissances se battent ailleurs », témoigne Marylène, 38 ans, mère de trois enfants à Cité Soleil.
La communauté internationale est aujourd’hui face à une équation complexe : soutenir les zones de conflit majeur sans délaisser les foyers de crise chronique comme Haïti. Mais pour que le pays retrouve une forme de stabilité, il ne pourra se contenter de l’attention résiduelle. Il faudra une volonté politique ferme, une relance de la solidarité internationale, et surtout, une prise de conscience que l’impact des guerres mondiales ne s’arrête jamais aux frontières.



