Depuis bientôt deux ans, le Grand Sud d’Haïti vit une asphyxie presque totale dans un silence assourdissant des autorités. Derrière les barrages invisibles, les routes paralysées et les circuits commerciaux verrouillés, c’est toute une région qui s’enfonce dans une détresse économique et sociale devenue insoutenable.
Dans plusieurs départements du Sud, du Sud-Est, des Nippes et de la Grand’Anse, la colère gronde contre ce que de nombreux citoyens décrivent désormais comme une prise en otage organisée du territoire. Le blocage terrestre, dénoncé depuis juin 2024, continue d’étrangler les échanges, d’isoler des communautés entières et de faire exploser les prix des produits essentiels.
Pendant que les familles peinent à se nourrir, que les commerces ferment et que les marchés s’effondrent, certains réseaux économiques accusés d’entretenir ce verrouillage semblent continuer à prospérer dans une opacité troublante. Dans plusieurs communes, des habitants dénoncent un système où la peur, les intérêts privés et l’absence totale d’autorité publique ont remplacé l’ordre républicain.
Les accusations qui circulent dans la population sont particulièrement graves : contrôle des circuits d’approvisionnement, domination du transport maritime improvisé, marchandises dénoncées comme douteuses ou de mauvaise qualité, et dépendance forcée de milliers de citoyens à des voies alternatives coûteuses pour rejoindre Port-au-Prince.
Dans ce climat étouffant, beaucoup parlent d’un État absent, voire réduit au rôle de spectateur impuissant. Les autorités multiplient les promesses, les réunions et les discours solennels, mais sur le terrain, les routes demeurent fermées, les prix flambent et la population continue de survivre dans une angoisse permanente.
Le plus alarmant reste peut-être ce sentiment d’abandon généralisé qui gagne les habitants du Grand Sud. Entre la peur des représailles, l’influence présumée de puissants réseaux économiques et armés et l’effondrement de la confiance envers les institutions, nombreux sont ceux qui préfèrent désormais se taire plutôt que dénoncer publiquement ce qu’ils considèrent comme une dérive dangereuse du pays.
Dans plusieurs villes du Sud-Est et de la Grand’Anse, des commerçants racontent qu’acheminer une simple cargaison relève aujourd’hui du parcours du combattant. Le coût du transport explose, les produits deviennent rares et les consommateurs paient le prix fort d’une crise qui semble n’émouvoir ni les décideurs ni les élites politiques.
Pendant ce temps, le pays s’enfonce dans une fragmentation inquiétante où certaines régions donnent l’impression d’être livrées à des intérêts parallèles pendant que l’État central, affaibli et discrédité, peine à imposer son autorité.
Au-delà des querelles politiques et des accusations qui circulent, une réalité demeure brutale : des millions d’Haïtiens vivent aujourd’hui prisonniers d’un système de blocage qui détruit lentement l’économie régionale, étouffe les familles et nourrit chaque jour un peu plus la colère, la peur et le désespoir.



