Une série d’assassinats ciblés en Iran a fait tomber neuf ingénieurs de haut niveau, tous liés au programme nucléaire national. Selon une enquête du site américain The War Zone, ces hommes ont été abattus chez eux, dans leur lit, dans une opération d’une précision et d’une discrétion troublantes. En toile de fond : la lutte silencieuse mais acharnée qu’Israël mène depuis des années contre le développement nucléaire iranien.
Des morts en pleine nuit, sans alerte ni combat
Les faits remontent à quelques semaines, mais les autorités iraniennes gardent le silence. Aucune annonce officielle, pas de deuil public, et encore moins de revendication. Les familles, elles, parlent sous couvert d’anonymat de disparitions « étranges », « brutales », évoquant des décès « sans bruit », au cœur de la nuit. L’absence de traces de lutte laisse croire à des empoisonnements ou à l’usage d’armes silencieuses.
Parmi les victimes : des ingénieurs spécialisés en enrichissement d’uranium, en balistique et en cybersécurité nucléaire. Certains travaillaient dans des installations sensibles à Natanz ou Fordo. Tous avaient un point commun : un profil hautement stratégique pour la République islamique.
L’empreinte d’un ennemi invisible
Pour The War Zone, ces assassinats porteraient la marque du Mossad, le service de renseignement israélien. Rien n’a été officiellement confirmé, mais les précédents — comme la spectaculaire élimination du physicien Mohsen Fakhrizadeh en 2020 — donnent du crédit à cette hypothèse. À l’époque, Téhéran avait accusé Israël d’avoir utilisé une mitrailleuse commandée à distance, montée sur un véhicule télécommandé. Un scénario digne d’un film d’espionnage, mais qui illustre une stratégie israélienne implacable : retarder coûte que coûte l’accès de l’Iran à l’arme atomique.
« Ce que nous voyons là, c’est une guerre de l’ombre, une guerre froide moderne », confie un ancien analyste du renseignement occidental. « Il ne s’agit plus seulement de sabotage industriel, mais d’un ciblage systématique des cerveaux du programme nucléaire. »
Un message clair, mais risqué
Ces frappes ciblées envoient un double message : à l’Iran, qu’aucun de ses experts n’est hors de portée ; au reste du monde, qu’Israël agit quand les négociations échouent. Mais elles soulèvent aussi des questions éthiques et stratégiques : jusqu’où peut aller une démocratie pour assurer sa sécurité ? Et à quel prix ?
« Il y a toujours le risque que ces opérations déstabilisent davantage la région », souligne un diplomate européen. « Téhéran pourrait riposter de manière imprévisible. »
En parallèle, les pourparlers sur le nucléaire iranien sont dans l’impasse. Washington et ses alliés espèrent encore une solution diplomatique, tandis que Téhéran continue d’enrichir de l’uranium à des niveaux proches de l’arme nucléaire.
Des familles en deuil, dans le silence
Les proches des victimes, eux, sont réduits au silence. Dans un régime où la parole publique est strictement encadrée, peu osent s’exprimer. Mais sur les réseaux sociaux, des messages codés, des photos, quelques vers de poésie trahissent la douleur. Aucun hommage officiel n’a été rendu, comme si ces hommes, après avoir été éliminés en silence, devaient aussi disparaître de la mémoire collective.
Ce n’est pas la première fois que des scientifiques iraniens sont la cible d’opérations secrètes. Entre 2010 et 2012, plusieurs figures du programme nucléaire avaient été tuées dans des attentats à la bombe. L’histoire semble se répéter — mais de façon encore plus chirurgicale.
Une guerre sans visage
Dans cette guerre où les drones, les virus informatiques et les tueurs silencieux remplacent les chars, les civils restent souvent les seuls témoins directs. Ils voient passer les convois, entendent les rumeurs, devinent les absences. Et comprennent, peu à peu, qu’une autre guerre se joue, loin des caméras, sans déclaration ni champ de bataille — une guerre où la connaissance devient une cible.



