Dans un contexte de violence généralisée, de déplacement massif de population et de crise psychologique profonde, les élèves haïtiens des classes de 9e année fondamentale et de NS-IV (philo) s’apprêtent à passer leurs examens officiels dans les prochains jours. Mais à quelle motivation peuvent-ils encore se raccrocher ? Quel sentiment habite ces jeunes, à l’aube d’une épreuve qui pourrait déterminer leur avenir, alors que leur présent est marqué par la peur et l’instabilité ?
La peur comme quotidien
Dans plusieurs départements du pays, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, les zones contrôlées par des groupes armés sont devenues inaccessibles pour les autorités éducatives. Des écoles sont fermées, d’autres ont été incendiées ou occupées. Des enseignants, comme des élèves, ont été contraints de fuir leur quartier, parfois du jour au lendemain, laissant cahiers, uniformes et certitude derrière eux.
« Je ne sais même pas où l’examen va se faire. On dit qu’ils vont transférer les centres ailleurs, mais comment y aller sans sécurité ? », confie Marie L., une élève déplacée de Cité Soleil réfugiée à Carrefour avec sa tante.
Des zones exclues ? Le flou administratif
Face à cette réalité, une question demeure sensible : Les examens auront-ils lieu partout ? Selon certaines sources locales, des zones rouges – entièrement sous le contrôle de gangs – pourraient ne pas être desservies du tout. Le Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) n’a pas encore communiqué une liste claire des centres actifs ou des stratégies mises en place pour garantir la participation de tous.
Lors d’une brève déclaration en conférence de presse, le ministre de l’Éducation a assuré que “tout sera mis en œuvre pour que chaque élève ait la possibilité de composer, même en situation difficile.” Mais sur le terrain, les enseignants parlent d’une absence de coordination, de manque de matériel, et surtout de démotivation générale chez les élèves.
Un fardeau psychologique lourd
Pour les élèves déplacés internes, souvent installés dans des conditions précaires, les révisions sont devenues un luxe. La promiscuité, l’anxiété, le manque de nourriture ou de sommeil creusent des cicatrices invisibles mais profondes.
Des psychologues alertent : le niveau de stress chez ces enfants est comparable à celui observé en zones de guerre. Certains présentent des signes de traumatismes, d’autres disent vouloir abandonner l’école. « L’école était mon seul espoir, mais je me sens perdue », avoue Peterson, 17 ans, qui devrait passer la philo cette année.
Un système éducatif au bord de l’effondrement
Depuis plusieurs années, les crises successives – politiques, économiques, sanitaires et sécuritaires – rongent le système éducatif haïtien. Des milliers d’enfants n’ont pas pu suivre un cursus normal cette année. Pour certains, les salles de classe ont été fermées pendant plus de six mois. D’autres n’ont jamais eu accès à l’école tout court.
L’année académique 2024–2025 restera dans les annales comme l’une des plus chaotiques. Et aujourd’hui, beaucoup se demandent si l’éducation en Haïti ne marche pas, lentement mais sûrement, vers sa propre disparition.
Un avenir suspendu, une nation en silence
Le plus inquiétant, c’est peut-être l’absence de réaction structurée des dirigeants. Alors que le système scolaire s’effondre sous leurs yeux, les autorités semblent dépassées, ou résignées. Il est regrettable que, dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, l’éducation ne soit plus une priorité absolue.
Pourtant, les enfants continuent à se présenter, parfois sans cahier, sans uniforme, mais avec courage, à l’appel des examens. Et c’est peut-être là que réside l’espoir le plus fragile, mais le plus tenace : celui d’une jeunesse qui, malgré tout, n’a pas encore totalement renoncé à apprendre, à rêver, à changer les choses.


