À Léogâne, l’histoire bouleversante de Mireille Augustin s’ajoute à une longue liste de témoignages qui ébranlent une institution policière déjà largement discréditée. Son mari, Frankel Carrieste, surnommé « Emmanuel », aurait été tué devant leur fille par un agent de la PNH, Jean Kenel Regnard, alias « Nenel ». La veuve, effondrée, cite différents noms qui, selon elle, pourraient être liés au meurtre. Au-delà du drame individuel, l’affaire ravive une question devenue centrale en Haïti : comment garantir la justice lorsque les institutions censées se contrôler mutuellement semblent elles-mêmes compromises ?
Dans un pays où les enlèvements, les exécutions extrajudiciaires, les vols et autres crimes violents sont souvent attribués non seulement aux gangs, mais aussi à certains membres de la Police nationale d’Haïti, chaque nouveau témoignage rappelle l’urgence d’une refondation institutionnelle. Les Haïtiens vivent désormais avec la sensation croissante que la frontière entre ceux qui assurent la sécurité et ceux qui menacent la population s’est dangereusement brouillée.
Le drame de Léogâne : un symbole, plus qu’un fait divers
Mireille Augustin parle d’une voix tremblante. Elle décrit « l’état second » dans lequel se serait trouvé le policier accusé, au moment où celui-ci aurait ôté la vie de son mari. Le choc, la colère et l’incompréhension transparaissent dans chacun de ses mots.
Ce meurtre présumé ne représente pas seulement une tragédie familiale : il illustre, comme tant d’autres cas, la perte progressive de légitimité d’un corps policier lui-même fragilisé par des infiltrations criminelles, des protections politiques, et une absence totale de sanctions internes.
Les mécanismes de contrôle administratif, disciplinaire et judiciaire — censés garantir la reddition de comptes — apparaissent paralysés, sélectifs ou instrumentalisés dès que l’affaire touche des personnes puissantes, influentes ou protégées.



