Fritz Jean et Leslie Voltaire, deux personnalités issues de la mouvance lavalassienne, siègent aujourd’hui à la tête du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), un organe censé représenter une alternative crédible pour sortir Haïti de l’impasse politique et sécuritaire. Près d’un an après sa mise en place, le constat est sans appel : le pays s’enfonce encore plus dans la crise, et les résultats promis ne sont toujours pas au rendez-vous.
Un bilan aussi lourd qu’un silence
Les attentes étaient nombreuses, mais le bilan est désespérément vide. La route nationale menant au Grand Sud, artère vitale qui relie plusieurs départements, reste bloquée depuis des mois. Les écoles, les universités et les hôpitaux publics sont fermés, voire abandonnés, alors même que la rentrée académique devait marquer un début de normalisation.
Pendant ce temps, de nouveaux territoires tombent entre les mains de groupes armés. Pas un seul chef de gang majeur n’a été neutralisé. Pire encore, des quartiers entiers sont vidés de leurs habitants, désormais déplacés internes, sans abri, sans sécurité, sans perspective de retour.
Des millions débloqués, mais pour qui ?
Le paradoxe est flagrant. Alors que des millions de dollars ont été officiellement alloués à la sécurité, la population ne voit aucun changement dans sa vie quotidienne. Les bénéficiaires réels de ces fonds semblent être… les membres du Conseil eux-mêmes.
En effet, Fritz Jean et Leslie Voltaire, comme d’autres conseillers, jouissent d’un dispositif de sécurité impressionnant : véhicules blindés, dizaines de policiers lourdement armés, escortes permanentes. Une protection d’État pour les dirigeants — mais aucune protection pour le peuple, livré aux balles et à la peur.
Pendant ce temps, les déplacés internes vivent dans des conditions inhumaines, parqués dans des abris de fortune sans accès à l’eau potable, à l’alimentation ou aux soins. Ils ne peuvent toujours pas rentrer chez eux, et aucune stratégie claire ne semble exister pour leur relocalisation.
Des voyages coûteux, des résultats invisibles
Au lieu de solutions concrètes, le CPT s’est illustré par une diplomatie de façade. Multiplication des voyages officiels, missions à l’étranger, conférences sans suite… des dépenses faramineuses engagées avec les deniers publics, mais sans impact visible sur le quotidien des Haïtiens.
Chaque déplacement semble davantage motivé par une volonté de légitimer un pouvoir fragile que de construire une réponse politique cohérente. Pendant ce temps, la majorité de la population vit dans une précarité extrême, désabusée, et de plus en plus en rupture avec ses élites.
Un peuple abandonné, une transition discréditée
L’arrivée de deux figures historiques du mouvement Lavalas à la tête du CPT avait pourtant suscité, chez certains, l’espoir d’un retour à un engagement social fort, proche des couches populaires. Mais l’exercice du pouvoir semble avoir rompu le lien avec cette base.
Aujourd’hui, la transition censée sauver Haïti apparaît comme un simulacre, dominée par l’immobilisme, les privilèges, et une forme de cynisme politique. Le peuple, lui, ne voit que l’inaction, le mépris, et l’abandon.
Alors que les discours officiels évoquent la tenue d’élections à l’horizon 2025-2026, comment croire à un processus démocratique organisé par un pouvoir incapable d’ouvrir une route, de rouvrir une école, ou de reprendre un quartier perdu ?
L’heure des comptes approche
L’Histoire retiendra peut-être ce moment non pas comme une transition vers la stabilité, mais comme une occasion manquée de plus, une pièce de théâtre jouée aux frais d’un peuple épuisé. L’heure n’est plus aux discours, ni aux voyages : le pays attend des actes, pas des privilèges.



