Le commissaire Muscadin fait à nouveau parler de lui, mais pas pour les bonnes raisons. Connu pour ses sorties médiatiques musclées et son style autoritaire, il s’est récemment illustré par un acte aussi absurde que préoccupant : l’arrestation d’un homme qu’il a qualifié publiquement de « ougan » – autrement dit, un prêtre vaudou – qu’il accuse d’être un « sorcier ».
L’affaire a provoqué une vague de réactions, allant de l’indignation à la moquerie. Car au-delà du folklore, cette arrestation soulève une question fondamentale : un commissaire peut-il réellement arrêter un citoyen sur la base d’accusations relevant de la superstition ? La réponse est clairement non.
Une arrestation sans base légale
Ni la Constitution haïtienne, ni le Code pénal ne reconnaissent la « sorcellerie » comme un crime. L’arrestation d’une personne pour ses croyances religieuses ou son appartenance à une tradition spirituelle constitue une violation flagrante de ses droits fondamentaux. En d’autres termes, Muscadin n’avait aucune base légale pour priver cet homme de sa liberté.
Dans un État de droit, les agents de la force publique sont tenus de respecter la loi, pas de l’inventer au gré de leurs croyances personnelles ou de leur agenda médiatique. En prétendant « arrêter un sorcier », le commissaire Muscadin a franchi une ligne rouge.
Une dérive dangereuse : la superstition au service du pouvoir
Cette mise en scène relève d’une logique inquiétante : celle d’un populisme judiciaire où l’on cherche à séduire une frange de la population en agissant de manière spectaculaire, au mépris des règles. En s’attaquant à des figures du vaudou, pratique pourtant ancrée dans la culture haïtienne, Muscadin joue avec le feu d’un fanatisme qui trouve un certain écho parmi les moins éduqués ou les plus manipulés de la société.
Cette approche fondée sur la peur, la croyance et la violence symbolique rappelle tristement d’autres épisodes de l’histoire où les « sorcières » et les « sorciers » étaient persécutés pour asseoir une autorité arbitraire.
Une réaction attendue du ministère de la Justice
Face à une telle dérive, le silence des autorités judiciaires est troublant. Il est du devoir du ministre de la Justice de rappeler à l’ordre ses subordonnés, surtout lorsque ceux-ci bafouent les principes mêmes de la légalité et de la justice. En ne sanctionnant pas ce type de comportement, le gouvernement envoie un signal d’impunité qui ne peut que fragiliser un peu plus l’État de droit.
Critiques croissantes et soutien fanatique
Les critiques contre Muscadin se multiplient, notamment dans les milieux intellectuels, juridiques et des droits humains. Mais il continue de bénéficier du soutien bruyant d’une partie de la population, parfois galvanisée par une image virile et « justicière » qui séduit, en particulier dans un contexte d’insécurité généralisée.
Ce soutien, souvent fondé sur l’émotion plutôt que sur la raison, révèle une fracture profonde dans la société haïtienne : entre ceux qui aspirent à un État de droit véritable et ceux qui, par désespoir ou par conditionnement, acceptent – voire encouragent – les dérives autoritaires.
Nul n’est au-dessus de la loi
Qu’il soit commissaire ou citoyen ordinaire, nul ne peut se placer au-dessus des lois de la République. Le respect des droits fondamentaux, de la liberté de conscience et des procédures judiciaires est non seulement une exigence légale, mais aussi une condition essentielle pour restaurer la confiance dans les institutions.
Dans un pays miné par l’insécurité, la pauvreté et la défiance envers l’autorité, l’État ne peut pas se permettre de laisser prospérer des comportements arbitraires, même (et surtout) lorsqu’ils sont portés par des figures populaires. La justice ne peut pas devenir un spectacle.


