Par Amoureux de la sagesse
Washington – Une vidéo publiée il y a quelques jours par Donald Trump sur son réseau social Truth Social a suscité une vive controverse. On y voit Gaza, transformée numériquement en station balnéaire luxueuse, avec plages immaculées, gratte-ciel et marinas. Le montage, présenté comme une « vision de paix et de prospérité », a été accompagné d’un commentaire évoquant une “Riviera du Proche-Orient”, en référence directe à un possible futur pour l’enclave palestinienne… après la guerre.
Mais derrière l’esthétique de la vidéo, un document plus concret circule dans les couloirs de Washington : un plan officieux sur l’« après » Gaza. Ni daté, ni signé, il pose toutefois les grandes lignes d’une stratégie américaine discutée entre conseillers proches des cercles républicains, certains think tanks conservateurs, et des représentants régionaux favorables à un redécoupage de la carte politique du Moyen-Orient. Et l’un des points les plus troublants de ce projet concerne le déplacement partiel, voire massif, des Palestiniens hors de la bande de Gaza.
Un scénario post-conflit aux contours flous
Ce document, dont plusieurs éléments ont été confirmés par des sources diplomatiques européennes et des analystes spécialisés en sécurité régionale, n’est pas un plan de paix formel. Il n’a pas été adopté par l’administration actuelle, mais il circule. Et il est pris au sérieux, notamment en Israël.
Dans les grandes lignes, le plan imagine un Gaza « stabilisé », débarrassé du Hamas, sous surveillance internationale ou sous contrôle d’une coalition arabe « modérée ». Des investissements massifs seraient promis par des pays du Golfe pour reconstruire des infrastructures, à condition que la région soit déclarée « démilitarisée et ouverte à une restructuration démographique ».
“Ce genre de propositions réactive le spectre d’un nettoyage ethnique à peine voilé. C’est comme si, au lieu de penser la paix avec les Palestiniens, certains cherchaient simplement à les faire disparaître du paysage.”
— Diplomate européen basé à Tel Aviv
Car derrière la façade économique se cache une logique politique bien plus brutale : le déplacement d’une partie de la population palestinienne vers l’Égypte (Sinaï), voire vers d’autres pays arabes. Officiellement, il ne s’agit pas d’une “expulsion”, mais d’”offres de relocalisation” pour les familles “désireuses de refaire leur vie dans un environnement plus sûr et plus stable”.
Des précédents inquiétants
Ce n’est pas la première fois qu’un tel plan circule. Déjà dans les années 1980, Ariel Sharon évoquait l’idée d’installer les Palestiniens dans le désert du Sinaï. Plus récemment, en 2020, des éléments similaires figuraient en filigrane dans le plan Trump-Kushner pour la paix au Moyen-Orient, surnommé “Deal of the Century” – qui, malgré sa réception médiatique, n’a jamais abouti.
L’idée de transformer Gaza en zone touristique, en hub économique côtier, n’est pas neuve non plus. Ce qui change aujourd’hui, c’est le contexte : après des mois de guerre, des dizaines de milliers de morts, une destruction massive des infrastructures, et un isolement total de l’enclave, le terrain est devenu propice aux fantasmes d’un “reset” géopolitique.
Mais à quel prix ? Et surtout, avec quel consentement ?
“On parle de déplacer des familles qui ont survécu à des guerres, qui ont enterré leurs enfants sous les ruines, et on leur promet des plages et des centres commerciaux ? C’est indécent.”
— Rami Shaath, analyste palestinien basé au Caire
Silence officiel, inquiétudes régionales
Du côté américain, aucune confirmation officielle. L’administration Trump garde le silence, consciente du caractère explosif de ce type de projet. Officieusement, certains conseillers soulignent que “toutes les options doivent être sur la table” pour éviter une reprise du conflit. Mais dans les chancelleries arabes, la tension monte. L’Égypte, en particulier, a clairement signifié son refus d’accueillir des réfugiés palestiniens sur son sol. Le Caire craint une répétition de la crise démographique qu’a connue la Jordanie après 1948 et 1967.
Pour l’instant, aucune date, aucun cadre légal, ni aucune modalité pratique n’a été précisée. Mais l’idée même que l’on réfléchisse à l’avenir de Gaza sans les Gazaouis soulève de profondes inquiétudes dans les milieux humanitaires et diplomatiques.
Une reconstruction sans justice ?
Au-delà du cynisme apparent, certains experts soulignent aussi l’incohérence stratégique d’un tel plan. Car reconstruire Gaza sans inclure la voix des Palestiniens, sans garantir leurs droits, ni reconnaître leur histoire, reviendrait à poser les bases d’un nouveau cycle de violences. La paix n’est pas un projet immobilier, insistent de nombreux observateurs.
“La paix durable se construit avec les peuples, pas à leur place.”
— Sarah Chaynes, chercheuse en droit international
Reste une question centrale, que la vidéo de Trump élude soigneusement : à qui appartiendra Gaza, après la guerre ? Et plus encore : les Palestiniens auront-ils encore un chez-eux dans ce futur rêvé depuis Washington ?



