(Saint-Cyr et Fils-Aimé : l’élite suceuse de sang)
Alors que le pays traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine, une nouvelle configuration politique se dessine. Selon plusieurs sources concordantes, Laurent Saint-Cyr, figure influente du secteur privé, est sur le point d’être désigné président du Conseil présidentiel de transition composé de neuf membres. Il serait accompagné dans cette démarche par Alix Didier Fils-Aimé, également représentant du secteur privé.
Cette transition, annoncée comme un tournant, soulève autant d’espoirs que d’inquiétudes. Pour beaucoup, elle symbolise une continuité du pouvoir économique sur les décisions politiques, dans un pays déjà asphyxié par la violence, la corruption et une crise humanitaire rampante.
Un pouvoir transitoire sous influence ?
La présence de deux représentants du secteur privé à des postes-clés dans ce Conseil ne passe pas inaperçue. Laurent Saint-Cyr, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie, est considéré par ses partisans comme un homme de dialogue et de pragmatisme. Ses détracteurs, en revanche, le voient comme un rouage d’un système oligarchique vieux de plusieurs décennies.
Le choix d’Alix Didier Fils-Aimé, personnalité bien connue du milieu des affaires, renforce cette perception d’un pouvoir transitoire façonné par et pour les intérêts économiques dominants. Dans un pays où la frontière entre élite économique et pouvoir politique est historiquement floue, cette configuration alimente les soupçons d’une démocratie instrumentalisée au profit d’une minorité.
Haïti, vendue au silence ?
« Haïti est prise au feu et réduite en cendres ». La colère monte dans les rues de Port-au-Prince, Cap-Haïtien et Jacmel. Beaucoup dénoncent ce qu’ils appellent une “mainmise des intouchables” : des groupes économiques solidement implantés qui, selon plusieurs observateurs, influencent ou paralysent toute initiative de réforme.
Le sentiment de dépossession s’intensifie. Pour certains citoyens, cette transition politique semble être un écran de fumée masquant des intérêts qui ne sont ni nouveaux, ni inconnus. Les frustrations accumulées trouvent leur expression dans un discours populaire de plus en plus radical : « Haïti est vendue aux diables », entend-on dans plusieurs rassemblements citoyens. Une formule forte, certes, mais révélatrice d’un malaise profond.
Un peuple à bout de souffle
Dans un contexte marqué par l’effondrement des services publics, l’insécurité généralisée et l’exode massif des jeunes, le peuple haïtien semble anémié au sens propre comme au figuré. Le pays est saigné à blanc par des décennies de mauvaise gouvernance, de pillages organisés et de promesses trahies.
De plus en plus de voix appellent à une mobilisation nationale, non pas pour soutenir une nouvelle figure politique, mais pour réclamer un véritable changement de système. La colère ne vise plus seulement les hommes politiques, mais toute une structure de pouvoir perçue comme complice et prédatrice.
La transition peut-elle encore inspirer confiance ?
Alors que le Conseil présidentiel de transition s’apprête à prendre ses fonctions, la confiance du peuple reste érodée. Il ne s’agit plus seulement de nommer de nouveaux visages, mais de briser le cycle de recyclage des élites qui accaparent le pouvoir, quel que soit le régime.
Laurent Saint-Cyr et ses collègues seront-ils à la hauteur du défi historique ? Ou ne seront-ils qu’une nouvelle façade d’un système déjà rejeté par une majorité silencieuse et résignée ? Seul le temps le dira. Mais une chose est certaine : Haïti n’a plus le luxe de l’erreur.
L’heure n’est plus aux jeux de coulisse. Le pays est à genoux, et le peuple observe. S’il ne croit plus aux promesses, il comprend de plus en plus la nécessité d’agir. Car une nation ne se reconstruit pas dans les salons feutrés, mais dans la clarté, la justice et le courage de briser les chaînes de l’injustice.



