Alors que la transition devait ouvrir la voie à un retour progressif à l’ordre constitutionnel, le Conseil présidentiel de transition (CPT) apparaît aujourd’hui comme l’un des symboles les plus frappants de l’impasse politique haïtienne. Plus d’un an après son installation, les résultats se font attendre, tandis que les signaux envoyés par ses principaux responsables alimentent une inquiétude croissante au sein de la population.
La récente déclaration attribuée à l’ex-coordonnateur du CPT, Leslie Voltaire, marque un tournant troublant. Après avoir affirmé que les membres du Conseil quitteraient leurs fonctions le 7 février 2026, il aurait indiqué, lors d’une rencontre tenue le 18 janvier avec certains partis politiques, que les conseillers ne quitteraient finalement pas leurs postes. Il aurait même évoqué la possibilité de réduire la composition du CPT, passant de neuf membres à cinq, voire à trois.
Une transition sans résultats tangibles
Depuis sa mise en place, le CPT était censé répondre à deux urgences majeures : rétablir un minimum de sécurité et préparer le terrain pour des élections crédibles. Or, sur ces deux fronts, le constat est largement partagé : les avancées sont faibles, voire inexistantes.
L’insécurité continue de paralyser des régions entières du pays, l’administration demeure dysfonctionnelle, et aucun calendrier électoral clair n’a été présenté. Pour une population déjà épuisée par des années de crises successives, cette transition donne l’impression d’un pouvoir suspendu dans le temps, incapable de produire des résultats concrets.
Le spectre d’une prolongation contestée
La perspective d’une prolongation du CPT au-delà du 7 février 2026 suscite de vives inquiétudes. Aux yeux de nombreux observateurs, une telle décision équivaudrait à une rupture grave avec les engagements initiaux de la transition.
Pour ses détracteurs, prolonger le CPT reviendrait à ouvrir la porte à une nouvelle phase d’instabilité, où l’absence de légitimité démocratique favoriserait les dérives, les arrangements politiques opaques et l’enracinement de réseaux de prédation au sommet de l’État. Dans ce scénario, Haïti risquerait de s’enfoncer davantage dans une crise institutionnelle profonde, difficilement réversible.
Un pays à bout de souffle
La lassitude est palpable. Dans les rues comme dans les foyers, beaucoup estiment que le pays ne peut plus se permettre une transition sans horizon clair. L’idée d’un CPT qui se maintiendrait au pouvoir sans résultats tangibles alimente la crainte d’un État capturé par des intérêts particuliers, au détriment du bien commun.
Pour une partie de l’opinion, le sort d’Haïti semble suspendu à une décision cruciale : respecter ou non la date du 7 février 2026. Au-delà de cette échéance, la transition perdrait ce qui lui reste de crédibilité, ouvrant la voie à une crise encore plus grave.
Réduction du Conseil : réforme ou manœuvre ?
La proposition de réduire le nombre de membres du CPT soulève également des interrogations. Présentée par certains comme une mesure d’efficacité, elle est perçue par d’autres comme une tentative de reconfiguration du pouvoir visant à prolonger la transition sous une autre forme.
Sans transparence ni cadre légal clair, cette option risque d’aggraver la défiance déjà profonde entre les citoyens et les institutions transitoires.
Une échéance décisive pour l’avenir
À l’approche de février 2026, une question centrale s’impose : la transition servira-t-elle enfin de pont vers la souveraineté populaire, ou deviendra-t-elle un point de rupture supplémentaire dans l’histoire politique du pays ?
Pour de nombreux Haïtiens, la réponse est claire. Au-delà du 7 février 2026, toute prolongation du CPT serait perçue comme un passage en force, susceptible de plonger le pays dans une crise encore plus destructrice. Dans un contexte de fragilité extrême, Haïti ne peut plus se permettre d’être livrée à ce que certains qualifient de « prédateurs de la transition ».
Le temps du provisoire touche à ses limites. Faute de choix courageux et respectueux des engagements pris, le risque est grand de voir le pays basculer vers un point de non-retour.



