Une nouvelle polémique secoue le secteur public haïtien après la publication d’un message du journaliste Djovany Michel sur les réseaux sociaux, mettant en cause le ministre Paul Antoine Bien-Aimé dans une affaire présumée de contrats fictifs et de mauvaise gestion de fonds publics au sein du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales (MICT).
Dans ce message publié en ligne, le journaliste affirme que le ministre aurait attribué des contrats fictifs dans certaines missions diplomatiques, notamment des rémunérations mensuelles pouvant atteindre 3 150 dollars américains pour des personnes présentées comme responsables de passeports, mais qui ne seraient ni accréditées ni actives sur le terrain.
Ces révélations, si elles sont confirmées par des enquêtes officielles, pourraient soulever de sérieuses questions sur la gestion administrative et financière du ministère.
Des accusations graves liées à la gestion des fonds publics
Selon les informations avancées par Djovany Michel, des projets fictifs auraient également été utilisés pour détourner des fonds publics au sein du MICT, notamment à travers :
- des programmes d’assainissement présumés fictifs
- des projets administratifs sans activité réelle
- des dépenses liées au service de renseignement
- des retards de paiement de salaires pour certains employés, évoquant jusqu’à six mois d’arriérés
Ces accusations, relayées sur les réseaux sociaux, ont rapidement suscité des réactions dans l’opinion publique, notamment sur la question de la transparence dans la gestion des institutions publiques.
Un passé déjà marqué par des soupçons
Le tweet rappelle également qu’en 2011, Paul Antoine Bien-Aimé, alors ministre de l’Intérieur, avait déjà été confronté à des soupçons liés à des contrats irréguliers et à des controverses autour de processus électoraux.
À l’époque, plusieurs critiques avaient été formulées concernant la gestion administrative et la transparence institutionnelle, sans qu’une condamnation judiciaire définitive ne soit prononcée.
Son retour au gouvernement en 2024, sous l’influence politique attribuée à Alix Didier Fils-Aimé selon certains observateurs, avait déjà suscité des débats dans les milieux politiques et médiatiques.
Appel à l’intervention de l’ULCC
Dans son message, Djovany Michel demande explicitement l’intervention de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) afin de mener une enquête approfondie au sein du ministère.
Cette demande rejoint une préoccupation plus large :
la nécessité d’une surveillance rigoureuse de la gestion des fonds publics et des contrats administratifs en Haïti.
Dans un contexte marqué par la crise institutionnelle et la méfiance envers les institutions, l’intervention d’organismes de contrôle est souvent perçue comme essentielle pour garantir la transparence.
La présomption d’innocence et le rôle de la justice
À ce stade, il est important de rappeler que les accusations relayées sur les réseaux sociaux ne constituent pas une décision judiciaire.
Dans un État de droit, toute personne mise en cause bénéficie de la présomption d’innocence, tant qu’aucune enquête officielle ou décision de justice n’a confirmé les faits.
La responsabilité revient donc aux institutions compétentes — notamment l’ULCC, la justice et les organes de contrôle de l’État — de vérifier les informations, d’enquêter et de publier les résultats.
Un enjeu de crédibilité pour les institutions
Cette affaire met en lumière un problème plus large : la confiance de la population envers les institutions publiques.
Lorsque des accusations de corruption ou de mauvaise gestion émergent, l’absence de réponse rapide des autorités peut fragiliser davantage la crédibilité de l’État.
Pour de nombreux citoyens, la transparence et la reddition de comptes sont aujourd’hui devenues des exigences fondamentales.
Le tweet publié par Djovany Michel relance un débat sensible sur la gestion du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales et sur le rôle de Paul Antoine Bien-Aimé.
Entre accusations graves, rappel d’anciens soupçons et appel à l’intervention de l’Unité de Lutte Contre la Corruption, la question centrale demeure :
Les autorités haïtiennes ouvriront-elles une enquête officielle pour faire toute la lumière sur ces allégations ?
Car dans un pays en quête de stabilité institutionnelle, la transparence et la justice restent les piliers indispensables de la confiance publique.



