Dans un contexte d’insécurité généralisée et de paralysie de plusieurs axes routiers stratégiques, la signature d’un contrat de 52 millions de dollars américains entre l’État haïtien et une firme de sécurité privée associée à l’entrepreneur américain Erik Prince continue de susciter interrogations et critiques.
L’accord, signé sous l’administration du Premier ministre Alix Didier Fils‑Aimé, visait officiellement à apporter un appui tactique et stratégique aux forces nationales afin d’aider à rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire.
Cependant, plusieurs organisations de la société civile affirment aujourd’hui que les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous, malgré des décaissements importants déjà effectués par l’État.
Des promesses ambitieuses
Selon des informations rendues publiques et analysées par la Fondation Je Klere (FJKL), les représentants de la firme de sécurité auraient présenté au gouvernement haïtien un plan opérationnel détaillé, accompagné d’échéances relativement courtes pour reprendre le contrôle de zones stratégiques.
Parmi les engagements évoqués :
Zone aéroportuaire
L’opération devait permettre le nettoyage de la route reliant la zone de l’aéroport à Malpasse, un axe crucial pour la circulation et le commerce.
Les opérateurs auraient également promis la neutralisation du chef de gang Jeff Canaan et de son groupe, dans un délai estimé d’environ deux semaines.
Axe Nord
La route reliant Port‑au‑Prince à Saint‑Marc devait être entièrement libérée avant le 18 mai 2025, après environ une semaine d’opérations.
Plateau Central
Une intervention rapide devait aussi permettre de rouvrir la route de Mirebalais et sécuriser le barrage hydroélectrique de Barrage de Péligre, une infrastructure essentielle à la production d’électricité dans le pays.
Région Sud
L’ouverture de la route reliant Léogâne et le Sud du pays devait nécessiter environ cinq semaines d’opérations, en raison de la présence de plusieurs groupes armés influents dans la zone.
Zones portuaires
Le plan prévoyait également la sécurisation de plusieurs ports et de leurs zones adjacentes, afin de faciliter les activités commerciales et humanitaires.
Périphérie de Pétion-Ville
Enfin, des interventions rapides de quatre jours étaient envisagées pour éliminer les petites cellules armées opérant dans les zones de Kenscoff et Pétion‑Ville.
Des paiements importants déjà effectués
Selon les données rendues publiques par la FJKL, près de 50 millions de dollars auraient déjà été versés à la firme de sécurité entre avril et novembre 2025, soit la quasi-totalité du montant prévu dans le contrat.
Ces décaissements importants interviennent dans un contexte où l’État haïtien fait face à de graves contraintes budgétaires et dépend largement de l’aide internationale pour financer plusieurs programmes essentiels.
Des résultats contestés
Malgré ces dépenses considérables, la situation sécuritaire reste extrêmement préoccupante.
Plusieurs axes routiers demeurent contrôlés ou fortement influencés par des groupes armés, et certaines zones stratégiques restent difficilement accessibles.
Selon les observations de la FJKL :
- Aucun chef de gang majeur annoncé comme cible n’a été neutralisé.
- Plusieurs routes nationales demeurent bloquées ou dangereuses.
- La zone de Mirebalais et certaines infrastructures stratégiques continuent d’être menacées par des groupes armés.
Pour l’organisation, ces éléments soulèvent des questions sérieuses sur l’efficacité réelle du contrat.
Transparence et responsabilité
Face à ces critiques, plusieurs acteurs de la société civile appellent aujourd’hui à plus de transparence dans la gestion de ce dossier.
Ils estiment que le gouvernement devrait :
- publier les détails complets du contrat
- expliquer les mécanismes de suivi des opérations
- clarifier les résultats obtenus jusqu’à présent
Dans un pays confronté à une crise sécuritaire et humanitaire profonde, chaque décision liée à la sécurité publique engage non seulement les finances de l’État, mais aussi la confiance de la population.
Une question qui demeure
Au regard des fonds déjà dépensés et des résultats contestés, une interrogation demeure au cœur du débat public :
l’État haïtien doit-il poursuivre ce contrat ou revoir complètement sa stratégie de sécurité ?
Pour de nombreux citoyens, la réponse à cette question pourrait déterminer l’avenir de la lutte contre l’insécurité en Haïti.



