Le 18 février 2026 à 20h52, le journaliste d’enquête Djovany Michel a publié sur la plateforme X un message au ton grave, qui a immédiatement suscité réactions et débats. Son constat est direct : bientôt deux ans sans neutralisation officielle d’un chef de gang majeur par la Police nationale d’Haïti (PNH), et une quasi-absence de condamnations significatives pour corruption dans le pays.
Son intervention ne se limite pas à un simple commentaire. Elle dresse un acte d’accusation politique et institutionnel, en citant nommément plusieurs personnalités.
Le précédent Ti Greg et la persistance des chefs armés
Djovany Michel rappelle que la dernière neutralisation marquante remonte à mars 2024, avec l’opération ayant conduit à la mort d’Ernst Julme, alias « Ti Greg », qui contrôlait notamment la zone stratégique de Delmas 95.
Depuis cette date, affirme-t-il, aucun chef de gang majeur n’aurait été officiellement neutralisé. Pendant ce temps, les groupes armés continueraient d’imposer leur loi dans plusieurs quartiers de la région métropolitaine de Port-au-Prince, alimentant un sentiment d’abandon au sein de la population.
Une justice rare face à la corruption
Le journaliste évoque également la condamnation de Roudel Ducherne fin 2024 pour corruption, qu’il présente comme seulement la deuxième condamnation significative en vingt ans malgré l’ampleur des scandales qui ont marqué la vie publique haïtienne.
Ce chiffre, s’il est confirmé par les archives judiciaires, illustre selon lui la faiblesse structurelle du système judiciaire et l’absence de poursuites soutenues contre les figures influentes.
Les noms cités : une demande d’enquête sans tabou
Dans son message, Djovany Michel appelle explicitement à des enquêtes sur des personnalités qu’il considère comme des complices présumés ou des figures liées à l’impunité ambiante. Il cite :
- Nenel Cassy
- Wilner Joseph
- Niola Lynn Sarah Devalis Octavius
- Alfred Fils Métellus
- Harvel Jean-Baptiste
Il mentionne également l’existence d’« oligarques corrompus » et de « conseillers-présidents compromis », sans que tous les noms ne soient détaillés dans la publication.
Il est essentiel de préciser qu’à ce stade, ces citations relèvent d’une interpellation journalistique et ne constituent pas des décisions judiciaires. En droit, toute personne citée demeure présumée innocente tant qu’aucune condamnation définitive n’est prononcée.
Une exigence de volonté politique
Au-delà des individus mentionnés, le cœur du message est politique : le pouvoir en place doit, selon le journaliste, démontrer sa volonté réelle en laissant la justice et la police agir sans interférence.
Cette demande intervient dans un contexte où la crédibilité des institutions est fragilisée par :
- l’expansion des groupes armés ;
- les accusations récurrentes de collusion entre acteurs politiques et chefs de gangs ;
- la lenteur des procédures judiciaires ;
- l’absence d’élections depuis janvier 2020.
Entre indignation populaire et responsabilité institutionnelle
L’intervention de Djovany Michel reflète un sentiment largement partagé : celui d’une impunité persistante. Pour beaucoup de citoyens, la lutte contre l’insécurité ne peut être crédible sans poursuites judiciaires claires contre les réseaux de financement et les complicités politiques.
Cependant, l’État de droit impose un équilibre : dénoncer ne suffit pas, il faut enquêter avec rigueur, établir des preuves et garantir des procès équitables.
Une autre Haïti en question
En appelant à une « autre Haïti » dans les prochaines années, le journaliste ne formule pas seulement une critique, mais une exigence morale et institutionnelle : que la loi s’applique à tous, sans distinction de statut, de pouvoir ou d’influence.
Reste à savoir si ces interpellations seront suivies d’enquêtes formelles, d’actes judiciaires concrets et de décisions transparentes — ou si elles s’ajouteront à la longue liste des alertes restées sans suite dans l’histoire récente du pays.




