À l’approche du 7 février, date marquant la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la pression s’intensifie en Haïti. Des organisations de la société civile, des regroupements nationaux, ainsi qu’une branche active de la diaspora haïtienne multiplient les prises de position pour réclamer le départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et la dissolution du CPT, jugé incapable de remplir sa mission fondamentale : restaurer la sécurité, relancer les services publics et préparer le retour à l’ordre constitutionnel.
Dans les rues de Port-au-Prince comme dans plusieurs villes de province, le sentiment dominant est celui d’un profond échec. Deux années après sa mise en place, le CPT est accusé par ses détracteurs d’avoir gouverné sans résultats tangibles. « La transition n’a rien produit de concret pour la population », affirme un responsable d’une organisation citoyenne de défense des droits humains. « L’insécurité est toujours là, les déplacés n’ont pas pu rentrer chez eux, et l’État reste absent des zones clés. »
Les critiques s’appuient sur des faits visibles. Le plus grand centre hospitalier public du pays, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, n’est toujours pas pleinement fonctionnel. Des milliers de familles déplacées par la violence armée vivent encore dans des conditions précaires, sans perspective claire de retour. Quant à la route nationale reliant l’Ouest aux départements du Sud, du Sud-Est, de la Grand’Anse et des Nippes, elle demeure largement bloquée, sous le contrôle de gangs armés, malgré des annonces répétées d’opérations de sécurisation.
Ces opérations, menées par la Police nationale d’Haïti avec l’appui de la force multinationale, sont perçues par une partie de la population comme symboliques et inefficaces. « On parle d’avancées, mais sur le terrain, rien ne change durablement », déplore un transporteur contraint d’interrompre ses activités depuis des mois. « Les routes restent fermées, l’économie locale est paralysée. »
Face à ce constat, une alternative revient avec insistance dans le débat public : la mise en place d’une nouvelle transition d’une durée d’un an, dirigée par un juge de la Cour de cassation, conformément à l’esprit de la Constitution. Cette proposition est soutenue par plusieurs organisations nationales et des associations de la diaspora, qui estiment qu’une telle figure pourrait incarner une rupture institutionnelle et une neutralité nécessaire pour organiser des élections crédibles.
Depuis l’étranger, des voix de la diaspora haïtienne se font également entendre. Dans des communiqués et des forums publics, elles dénoncent une transition qu’elles jugent « déconnectée de la réalité du pays » et appellent à un changement immédiat de gouvernance. « Le pays ne peut plus avancer avec des autorités qui promettent sans livrer », estime un membre d’un collectif de la diaspora en Amérique du Nord. « Le 7 février doit marquer une vraie fin, pas un simple passage de relais entre les mêmes acteurs. »
Pour une majorité de citoyens interrogés, le problème dépasse les personnes : il s’agit d’une crise de confiance. La population ne croit plus aux annonces ni aux calendriers sans résultats. À quelques jours de l’échéance du 7 février, le message est clair et répété : ni le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ni le CPT ne doivent rester au pouvoir au-delà de cette date.
Dans un pays épuisé par l’insécurité, la pauvreté et l’instabilité politique, le temps des transitions sans bilan semble révolu. Pour beaucoup d’Haïtiens, seule une rupture nette, accompagnée d’un mandat clair et limité dans le temps, peut encore ouvrir la voie à des élections et à un retour progressif à la normalité institutionnelle.



