À quelques jours du 7 février 2026, date qui marque la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), les autorités haïtiennes tentent d’afficher des signes de reprise du contrôle sécuritaire du pays. À la veille de cette échéance cruciale, le gouvernement de transition annonce la réouverture progressive de la route stratégique reliant l’Ouest aux départements du Sud, du Sud-Est, de la Grand’Anse et des Nippes, un axe vital resté impraticable pendant plusieurs mois en raison de l’emprise des gangs armés.
Cette réouverture avait été promise par Mario Andrésol, alors secrétaire d’État à la Sécurité publique, comme l’un des engagements majeurs du CPT pour rétablir la libre circulation et reconnecter les régions du pays. Des opérations conjointes impliquant la Police nationale d’Haïti (PNH), la force multinationale dirigée par le Kenya, ainsi que des agents de sécurité privés, ont effectivement été menées ces derniers jours sur certains tronçons stratégiques.
Cependant, sur le terrain, la réalité reste plus nuancée. Malgré les opérations annoncées, plusieurs zones demeurent fragiles, instables et sous influence de groupes armés. Les habitants, transporteurs et commerçants interrogés expriment une prudence mêlée de scepticisme. Pour beaucoup, la réouverture effective et durable de cette route dans un délai aussi court semble difficile, voire improbable.
Il ne reste en effet que quatre jours avant le 7 février, et les défis sont immenses. La sécurisation complète de cet axe routier ne se limite pas à une opération ponctuelle : elle suppose une présence continue des forces de l’ordre, un démantèlement réel des réseaux armés et une capacité de réaction rapide face aux tentatives de reprise de contrôle par les gangs.
Ce climat d’incertitude est renforcé par un symbole lourd de sens : l’Hôpital général de Port-au-Prince, le plus grand centre hospitalier public du pays, n’est toujours pas totalement récupéré par l’État. Sa situation illustre les limites actuelles de l’action sécuritaire et rappelle que la reconquête de l’espace public reste inachevée.
Après près de deux années de transition marquées par des promesses répétées et des résultats jugés insuffisants par une large partie de la population, le CPT arrive à la fin de son mandat sous une pression croissante. L’ouverture annoncée des routes inter-départementales apparaît ainsi comme un ultime test de crédibilité, à la veille d’un rendez-vous politique majeur.
Pour de nombreux Haïtiens, la question n’est plus celle des annonces, mais celle des faits. Le pays, épuisé par l’insécurité, ne peut plus se contenter de promesses sans lendemain. À quelques jours du 7 février, l’avenir immédiat reste suspendu à une interrogation centrale : l’État parviendra-t-il enfin à garantir la libre circulation et la sécurité, ou cette annonce rejoindra-t-elle la longue liste des engagements non tenus ?
Dans un contexte aussi tendu, Haïti ne peut plus être dirigée uniquement sous le régime de l’espoir proclamé. Ce sont des actes durables, visibles et mesurables qui détermineront la suite.



