Depuis plusieurs semaines, une campagne discrète mais persistante se déploie sur les réseaux sociaux haïtiens. Vidéos nostalgiques, messages soigneusement montés, slogans recyclés : tout semble indiquer une tentative de réhabilitation politique de l’ancien président Michel Martelly. Un retour par l’image et l’émotion, malgré un lourd passif politique que le pays n’a ni oublié ni digéré.
Pour beaucoup d’Haïtiens, le nom de Michel Martelly reste associé à une période de gouvernance marquée par l’affaiblissement des institutions, la montée de l’impunité, la politisation de l’insécurité et la consolidation de réseaux qui, aujourd’hui encore, pèsent sur la stabilité du pays. Les dérives du régime PHTK, dont il fut l’initiateur, ont laissé des traces profondes dans la mémoire collective.
Pourtant, à mesure que l’hypothèse d’élections revient dans le débat public — même de façon floue — certains signaux laissent penser que des forces cherchent à remettre en scène des figures du passé, comme si l’épuisement politique du pays pouvait justifier un recyclage des anciens responsables. Michel Martelly apparaît ainsi comme un « cadavre politique » que l’on tente de ranimer à coups d’algorithmes, de nostalgie fabriquée et d’oubli organisé.
Cette offensive numérique ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans un contexte de vide politique, de lassitude populaire et de transition sans cap clair. Là où les institutions peinent à produire des alternatives crédibles, certains misent sur la confusion et la mémoire courte. Le pari est simple : transformer la fatigue du peuple en résignation électorale.
Mais cette stratégie se heurte à une réalité tenace. Haïti n’est pas seulement en crise de leadership, elle est en quête de rupture. Ressusciter des figures associées à l’effondrement de l’État revient à nier les souffrances accumulées et à refuser toute introspection nationale. Aucune campagne numérique, aussi bien financée soit-elle, ne peut effacer les faits.
Si élections il y a, elles constitueront un test majeur : celui de la maturité politique du pays face aux tentatives de recyclage du passé. Car gouverner Haïti demain exige plus qu’un nom connu ou une popularité virtuelle. Cela exige une responsabilité historique que beaucoup, hier comme aujourd’hui, n’ont jamais assumée.



