Le débat autour du fonctionnement du Conseil présidentiel de transition (CPT) ne relève pas d’un vide juridique. Contrairement à ce que certains tentent de faire croire, le décret encadrant le CPT n’est ni bancal ni mal rédigé. Il a été pensé précisément pour répondre aux situations de crise, de blocage et de dysfonctionnement que traverse aujourd’hui la transition haïtienne.
L’article 36, alinéa 2, est sans ambiguïté :
« Pour toutes situations pouvant constituer des blocages au fonctionnement du CPT, il sera procédé par résolution du Conseil afin de les surmonter. »
Autrement dit, le texte offre un mécanisme clair, rapide et légal pour débloquer toute crise interne.
Une crise qui pouvait être réglée en vingt-quatre heures
Le différend lié à St-Cyr et au secrétariat présidentiel n’avait rien d’insurmontable. En réalité, il pouvait être résolu en une seule journée. Il suffisait de convoquer une réunion spéciale du CPT, d’y inviter l’ensemble des conseillers, de permettre au secrétaire du Conseil de faire la synthèse des procédures verbales, puis d’adopter une résolution formelle.
Cette résolution aurait pu permettre d’élire immédiatement une autre personnalité pour assurer les fonctions occupées par St-Cyr et ainsi permettre au CPT de poursuivre son travail sans interruption. Le décret l’autorise. La loi le permet. Les outils institutionnels sont là.
Ce qui manque, ce n’est donc ni le droit ni la procédure, mais la décision politique.
Le test de vérité avant le 7 février
À quelques jours de la fin officielle du mandat du CPT, prévue pour le 7 février, une question centrale se pose : les cinq conseillers encore en fonction ont-ils la stature d’hommes d’État ?
S’ils choisissent de ne pas utiliser l’article 36, alinéa 2, pour adopter une résolution visant à destituer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ils enverront un signal lourd de sens. Ce sera la preuve qu’ils n’ont ni le courage politique ni la volonté d’assumer pleinement les responsabilités que leur confère le décret.
Car l’exemple devait venir d’en haut. Montrer que les règles existent, qu’elles peuvent être appliquées, et qu’aucune fonction — fût-elle celle de Premier ministre — n’est au-dessus des mécanismes de contrôle prévus par la transition.
Une transition paralysée par le calcul politique
Le refus d’agir ne pourra pas être justifié par un prétendu blocage juridique. Il relèvera uniquement du calcul, de la peur de froisser des alliés ou de céder à des pressions, internes comme externes. Dans ce cas, le CPT apparaîtra non comme une instance de redressement national, mais comme un espace de gestion passive de la crise.
Haïti traverse l’un des moments les plus critiques de son histoire récente. La population attend des décisions, pas des justifications. Elle attend des actes, pas des silences.
Si le CPT échoue à appliquer ses propres textes alors même que ceux-ci offrent des solutions claires, il aura raté l’essentiel : prouver que l’État haïtien peut encore fonctionner selon des règles, et non selon les rapports de force ou les intérêts personnels.
La transition avait été conçue comme une réponse à l’effondrement institutionnel. Refuser d’utiliser les leviers qu’elle prévoit serait admettre, sans le dire, que cet effondrement continue.



