Alors que l’insécurité atteint un niveau jamais égalé en Haïti, une question revient de plus en plus souvent dans les discussions populaires, loin des plateaux politiques et des discours officiels : pourquoi certaines figures sont systématiquement écartées du débat national, alors que d’autres, pourtant associées à l’échec, continuent d’imposer leur influence ?
Le nom de Laurent Lamothe refait surface. Non pas comme une solution miracle, mais comme une interrogation légitime dans un pays à bout de souffle.
Regarder le passé sans complaisance, mais sans mensonge
Durant la période où Laurent Lamothe occupait la fonction de Premier ministre, de nombreux citoyens, organisations communautaires et observateurs reconnaissent une réalité difficile à ignorer aujourd’hui :
- aucun territoire officiellement perdu au profit des gangs,
- aucune route nationale durablement coupée,
- une circulation encore possible entre les grandes villes,
- des groupes armés contenus et neutralisés à plusieurs reprises.
Cela ne signifie pas que tout était parfait. Mais la comparaison avec la situation actuelle est brutale. Aujourd’hui, des quartiers entiers échappent à l’État, des axes stratégiques sont sous contrôle armé, des familles sont déplacées par centaines de milliers, et la peur est devenue permanente.
Pourquoi certaines figures restent-elles intouchables ?
Pendant ce temps, des acteurs politiques lourdement critiqués continuent d’exercer une influence directe ou indirecte sur la transition.
Des représentants liés à l’héritage d’Aristide, dont beaucoup estiment que la gouvernance a profondément fragilisé l’État, siègent ou influencent le Conseil présidentiel de transition (CPT).
Moïse Jean-Charles, souvent qualifié d’imposteur par ses propres anciens alliés, y a aussi ses relais.
L’ancien président Michel Martelly, malgré les sanctions et les accusations, conserve des représentants et des soutiens actifs dans l’appareil politique.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi ces figures sont-elles tolérées, tandis que d’autres sont exclues sans débat équitable ?
Arrêter d’écouter uniquement les détracteurs
Le débat autour de Laurent Lamothe est souvent confisqué par ses détracteurs. Pourtant, dans une démocratie réelle, ce sont les faits, les résultats et l’intérêt national qui devraient primer, non les campagnes de diabolisation sélective.
Peut-il prendre conscience des erreurs du passé ?
Peut-il porter un soutien sincère et réel à Haïti, face à l’effondrement sécuritaire actuel ?
Ces questions méritent d’être posées sans haine, mais sans naïveté.
Haïti a besoin de solutions, pas de dogmes
Le pays ne peut plus se permettre de recycler les mêmes échecs, les mêmes alliances stériles et les mêmes discours creux. Si des acteurs associés au naufrage actuel continuent de décider de l’avenir national, alors aucune transition ne sera crédible.
Réfléchir au rôle que pourraient jouer certaines figures du passé, y compris Laurent Lamothe, ne signifie pas absoudre, ni idolâtrer. Cela signifie simplement une chose :
mettre Haïti au-dessus des clans, des ressentiments et des calculs politiques.
Dans un pays en ruine, refuser le débat est déjà une forme de complicité.



