Deux ans après son installation, le Conseil présidentiel de transition (CPT) peine à produire le moindre résultat tangible pour une population épuisée. Dans de vastes zones du pays, les routes restent impraticables, les quartiers demeurent sous le contrôle de groupes armés, et des milliers de déplacés continuent de survivre loin de leurs maisons, sans perspective claire de retour. La transition, censée rétablir un minimum d’ordre et préparer des élections crédibles, donne aujourd’hui l’image d’un pouvoir paralysé, incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires.
Les promesses de sécurité se sont multipliées, mais sur le terrain, la réalité est implacable. Les gangs restent puissants, structurés, visibles. Ils contrôlent des axes stratégiques, imposent leur loi et dictent le rythme de la vie quotidienne. Aucun chef de gang majeur n’a été neutralisé. Aucun bastion criminel n’a été durablement démantelé. À la place, ce sont souvent des quartiers déjà meurtris qui subissent des opérations spectaculaires, parfois accompagnées de destructions de maisons, laissant derrière elles davantage de colère que de solutions.
Des opérations de façade, une insécurité intacte
Ces derniers mois, le lancement ponctuel de drones dans certains quartiers a été présenté comme une avancée technologique dans la lutte contre l’insécurité. Mais pour de nombreux observateurs, ces actions relèvent davantage de la communication politique que d’une véritable stratégie de sécurité. Les gangs, eux, continuent d’opérer, de recruter et de s’enrichir. Les images impressionnent, mais les résultats concrets tardent à se matérialiser.
Pendant ce temps, les déplacés attendent. Attendent de rentrer chez eux. Attendent de reprendre une vie normale. Attendent que l’État joue enfin son rôle. Or, une transition qui ne parvient ni à sécuriser les routes, ni à permettre le retour des populations chassées par la violence, peut-elle raisonnablement prétendre organiser des élections crédibles ?
Un pouvoir contesté, une confiance effondrée
La question de la confiance est désormais centrale. Comment demander à une population traumatisée de croire à un processus électoral alors que l’État n’est même pas en mesure d’assurer la sécurité minimale des citoyens ? Comment parler de légitimité future quand le présent est marqué par l’échec, l’improvisation et le sentiment d’abandon ?
Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est de plus en plus critiqué. Des voix s’élèvent pour dénoncer un pouvoir perçu comme davantage préoccupé par sa survie politique que par l’intérêt national. Des accusations de gaspillage de fonds publics, de tentatives d’achat de soutiens politiques et d’alliances opportunistes alimentent un climat de suspicion. Pour une partie de l’opinion, l’objectif ne serait plus de réussir la transition, mais de se maintenir au pouvoir au-delà du 7 février 2026.
Au service de qui ?
Cette transition donne aussi l’impression de répondre davantage aux attentes de la communauté internationale et de certains secteurs de la bourgeoisie haïtienne qu’aux besoins urgents de la population. Les discours rassurent les partenaires étrangers, mais sur le terrain, les citoyens ne voient ni protection, ni amélioration, ni vision claire pour l’avenir.
Haïti ne manque pas de promesses. Elle manque d’actions cohérentes, courageuses et orientées vers le bien commun. Une transition qui accumule les échecs, qui banalise la souffrance des déplacés et qui confond communication et gouvernance risque de conduire le pays vers une impasse encore plus dangereuse.
Une transition à bout de souffle
De plus en plus de citoyens estiment que cette équipe n’est plus en mesure de conduire le pays vers une sortie de crise. Pour eux, maintenir le statu quo, c’est prolonger l’agonie. Sans changement profond de cap, sans leadership crédible et sans volonté réelle de s’attaquer aux racines de l’insécurité, l’avenir d’Haïti s’annonce sombre.
La transition était censée être un passage. Elle est en train de devenir un blocage. Et dans un pays déjà au bord du gouffre, le temps perdu se paie toujours au prix fort.



