À l’approche de l’échéance fixée au 7 février 2026, la transition politique haïtienne entre dans une phase critique. Loin d’un simple débat institutionnel, c’est désormais la question de la légitimité du pouvoir transitoire qui se pose avec acuité. Dans un communiqué rendu public le 3 janvier 2025, le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) exprime une position ferme et sans ambiguïté : la transition ne peut ni se prolonger, ni se réinventer pour survivre.
L’organisation met en cause le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, qu’elle accuse de chercher à demeurer à la tête de l’appareil transitoire au-delà de la date prévue, alors même que le pays s’enfonce dans une crise multidimensionnelle. Pour le RHAJAC, cette volonté de maintien ne saurait être dissociée d’un contexte marqué par des dérives de corruption, l’absence de sanctions et l’aggravation continue de l’insécurité.
Selon le réseau, la transition avait un mandat précis : restaurer un minimum d’autorité publique, créer un climat sécuritaire acceptable et ouvrir la voie à des élections crédibles. Or, ces objectifs sont restés lettre morte. L’État demeure largement absent de vastes portions du territoire, les institutions fonctionnent au ralenti et la population continue de payer le prix fort d’une gouvernance sans résultats tangibles.
Dans ce contexte, le RHAJAC rappelle un principe fondamental : le caractère temporaire de la transition ne saurait être négociable. Tous les membres du CPT, sans distinction, sont appelés à se retirer après le 7 février 2026. Toute tentative de prolongation, qu’elle prenne la forme d’un compromis politique ou d’un habillage juridique, est perçue comme une violation directe de la volonté populaire.
Pour l’organisation, persister dans cette voie ne ferait qu’accentuer la fragilité nationale. Prolonger la transition reviendrait à institutionnaliser l’exception, à banaliser l’échec et à renforcer la défiance d’une population déjà profondément désabusée. Haïti, souligne le réseau, ne peut plus être gouvernée par des autorités provisoires qui se comportent comme si leur mandat était illimité.
Au-delà des considérations institutionnelles, le message du RHAJAC se veut résolument tourné vers la réalité quotidienne des citoyens. Ce que réclame la nation, insiste-t-il, ce n’est pas un nouveau cycle de négociations politiques, mais la sécurité, une gouvernance responsable et des élections capables de restaurer la légitimité démocratique. Le peuple attend également des comptes précis sur les dommages causés durant cette période de transition.
Pour Djovany Michel, secrétaire général du RHAJAC, cette prise de parole s’inscrit dans une exigence de vérité et de responsabilité publique. Il ne s’agit pas seulement de respecter une date, mais de rompre avec des pratiques qui ont conduit le pays dans une impasse prolongée. Sans cette rupture, avertit-il, la transition risque de devenir un système en soi, détaché des aspirations populaires.
À l’horizon du 7 février 2026, le signal envoyé par le RHAJAC est clair : la transition doit s’achever dans les délais prévus, et toute tentative de s’y soustraire ne ferait que renforcer l’instabilité et retarder davantage le retour à un ordre démocratique légitime. Pour un peuple déjà éprouvé, l’enjeu n’est plus théorique : il touche à la possibilité même de reconstruire l’État et de restaurer la confiance collective.



