Selon le journaliste d’enquête Djovany Michel, certains chapitres de l’histoire politique et financière d’Haïti continuent de peser lourdement sur le débat public, malgré le passage du temps. En ligne de mire : Michèle Bennett Duvalier, ancienne Première dame, dont le nom demeure associé à de graves accusations jamais dissipées aux yeux d’une partie de l’opinion.
D’après des éléments rappelés par Djovany Michel, Ernest Bennett, père de Michèle Bennett Duvalier, avait été arrêté en 1985 pour son implication présumée dans un vaste réseau de trafic de cocaïne reliant la Colombie, Haïti et les États-Unis. Ce réseau aurait utilisé, selon des responsables d’enquêtes de la Drug Enforcement Administration (DEA), notamment l’agent Sutton, la compagnie aérienne nationale Air Haïti comme vecteur logistique. Des faits lourds, documentés à l’époque, qui jettent une lumière crue sur les relations entre pouvoir politique, économie criminelle et institutions publiques sous la dictature.
Toujours selon Djovany Michel, le passage de Michèle Bennett Duvalier au Palais national, aux côtés de Jean-Claude Duvalier, a été marqué par des pratiques financières controversées. Elle aurait exercé une influence déterminante dans le détournement de fonds publics, destinés à financer un train de vie luxueux à l’étranger : acquisitions de bijoux de grande valeur, villas en France et aux États-Unis, et transferts financiers massifs. Jusqu’à six millions de dollars américains auraient transité sur un seul compte bancaire aux États-Unis, selon des informations relayées par des sources d’enquête.
Aujourd’hui, la fortune personnelle de Michèle Bennett Duvalier est estimée, selon Djovany Michel, à environ 130 millions de dollars américains, sans qu’aucune activité professionnelle connue ni parcours économique crédible ne permette d’en expliquer l’origine. Un contraste d’autant plus frappant que Jean-Claude Duvalier, son époux, est décédé dans une situation financière sans commune mesure avec cette richesse affichée.
Face à ces accusations persistantes, l’ancienne Première dame affirme que le temps aurait effacé, voire blanchi, ces faits, et se présente désormais comme une patriote engagée. Une posture qui, selon Djovany Michel, entre en contradiction frontale avec son passé, mais aussi avec les responsabilités historiques associées à un régime accusé de violations massives des droits humains et de prédation systémique des ressources de l’État.
Pour le journaliste d’enquête, cette résurgence du débat dépasse les personnes. Elle pose une question fondamentale à la société haïtienne : peut-on construire l’avenir sans faire la lumière sur les crimes économiques et politiques du passé ? Tant que ces zones d’ombre ne seront ni reconnues ni traitées par la justice et les institutions, estime-t-il, la mémoire nationale restera fracturée, et l’impunité continuera d’alimenter la défiance envers l’État.



