Alors que le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la crise humanitaire et sécuritaire, le fossé ne cesse de se creuser entre les discours officiels du pouvoir et la réalité vécue par la population. Des centaines de milliers de déplacés internes survivent aujourd’hui dans des conditions indignes, privés d’eau potable, de soins de santé, de nourriture et de toute forme de protection, pendant que le gouvernement multiplie les annonces sans effets concrets.
Dans ce contexte, l’attitude du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé suscite une indignation croissante. Fort de soutiens diplomatiques étrangers et de décisions opaques en matière de sécurité, il se comporte comme s’il disposait d’une légitimité populaire que les faits ne confirment pas. Malgré les accusations persistantes, les promesses non tenues et l’échec manifeste à rétablir la sécurité, il n’envisage pas son départ à l’issue du 7 février 2026, date pourtant censée marquer la fin de la transition.
Pendant ce temps, les déplacés s’entassent dans des camps de fortune, exposés aux maladies, à la faim et à l’insécurité. Des familles entières dorment à même le sol, sans accès à l’eau potable ni à des soins de base. L’État est absent là où il devrait être le plus présent. Cette misère n’est plus une conséquence collatérale de la crise : elle est devenue un mode de gouvernance par l’abandon.
Au lieu de concentrer les ressources sur l’urgence humanitaire et la restauration de l’ordre public, le pouvoir annonce des projets dont la pertinence interroge. Promesses d’élections, annonces d’infrastructures médiatiques coûteuses, initiatives floues sans cadre budgétaire clair : autant d’éléments qui nourrissent le soupçon d’une instrumentalisation de la misère à des fins politiques.
L’incapacité du gouvernement à neutraliser les gangs armés, à sécuriser les routes, à protéger les quartiers populaires et à garantir un minimum de services essentiels est aujourd’hui largement documentée. Malgré cela, le Premier ministre continue d’affirmer sa volonté d’organiser des élections « crédibles », alors même que les conditions de base — sécurité, liberté de circulation, confiance institutionnelle — ne sont pas réunies.
Pour de nombreux observateurs, cette situation pose une question fondamentale : peut-on confier l’avenir démocratique du pays à un exécutif qui n’a pas su protéger ses citoyens les plus vulnérables ? Peut-on parler de gouvernance lorsque la survie quotidienne devient un combat permanent pour une grande partie de la population ?
Face à cet état de fait, la colère gronde, mais elle s’accompagne aussi d’une aspiration claire : celle d’un leadership plus humain, plus responsable, capable d’écouter la souffrance du peuple et d’y répondre par des actes concrets. La sortie de crise ne peut passer ni par le déni ni par la concentration du pouvoir, mais par une mobilisation civique pacifique, un sursaut institutionnel et un changement de cap politique.
Haïti n’a pas besoin de promesses grandiloquentes ni de dirigeants retranchés derrière des soutiens extérieurs. Le pays a besoin d’un gouvernement sensible à la détresse de son peuple, capable de restaurer la sécurité, de protéger les plus faibles et de préparer une transition véritablement au service de l’intérêt général.
La misère ne peut pas être un instrument de pouvoir. Elle doit être une urgence nationale.



