La mort tragique d’une fillette haïtienne de 11 ans, noyée le 14 novembre 2025 dans des circonstances toujours floues, continue de provoquer une profonde onde de choc des deux côtés de l’île. Alors que les réactions se multiplient en Haïti, le président dominicain Luis Abinader a affirmé que son pays « n’est pas raciste », une position qui a immédiatement suscité controverses et indignation.
Pour de nombreux observateurs, la déclaration du chef de l’État arrive à un moment où les tensions migratoires et les accusations de brutalités contre des Haïtiens en territoire dominicain restent particulièrement sensibles. Plusieurs voix dans la société civile haïtienne jugent les propos d’Abinader « déconnectés » d’une réalité marquée par des expulsions massives, des discours hostiles et une méconnaissance profonde — parfois entretenue — des racines africaines partagées par les deux peuples.
Une critique qui renvoie à l’histoire
Dans un message devenu viral, des personnalités haïtiennes rappellent qu’une partie du problème s’enracine dans un héritage historique complexe. Certains responsables dominicains, affirment-ils, s’acharnent contre les Haïtiens en grande partie parce qu’on ne leur a jamais réellement enseigné leur propre origine africaine.
Un constat qui renvoie à un débat ancien : celui de la construction identitaire dominicaine, souvent marquée par une mise à distance systématique de tout ce qui peut être associé à Haïti ou à l’Afrique. Une posture héritée de l’ère trujilliste, encore perceptible dans certains segments de la société.
Quand Haïti rappelle sa part dans l’histoire de l’île
Les critiques adressées à Abinader vont plus loin. Elles rappellent que Haïti, après avoir conquis sa liberté seule contre les puissances coloniales, a joué un rôle clé dans les mouvements d’indépendance latino-américains — y compris en apportant un soutien décisif à Juan Pablo Duarte, père fondateur de la nation dominicaine.
Derrière ces rappels, un message : Haïti ne réclame pas la compassion, mais le respect dû à un peuple qui a payé le prix fort pour affirmer son droit à la liberté.
Les revendications recentrent le débat sur un aspect essentiel : malgré deux langues, deux cultures politiques et des trajectoires nationales différentes, les deux nations partagent une même racine africaine issue de la traite négrière. Une réalité historique qui, selon certains intellectuels, devrait constituer un lien plutôt qu’un motif de rejet.
Le passeport, symbole de souveraineté et de respect mutuel
Les réactions haïtiennes insistent aussi sur un point : lorsque l’État haïtien retrouvera pleinement son autorité, ses dirigeants n’exigeront peut-être même plus de passeport pour les Haïtiens souhaitant se rendre en République dominicaine. Une manière de souligner qu’une relation apaisée et égalitaire entre les deux pays est possible, mais qu’elle passe d’abord par la fin des humiliations répétées infligées aux migrants haïtiens.
Une émotion toujours vive après la noyade
Pendant ce temps, la mort de la fillette haïtienne reste un traumatisme profond. L’affaire n’est pas close, et la demande d’enquête indépendante continue de monter. Pour beaucoup, cet événement résume des années de tension, de mépris et d’hostilité envers des Haïtiens trop facilement vulnérables sur le territoire voisin.
Vers un dialogue encore possible ?
Alors que les autorités dominicaines tentent de calmer le jeu, les appels se multiplient en Haïti pour que ce drame devienne un tournant. Pas seulement pour dénoncer, mais pour pousser les deux nations à reconnaître enfin ce qu’elles ont en commun — une histoire difficile, entremêlée, mais aussi une origine africaine partagée que rien ne devrait effacer.
La question reste entière : cette tragédie ouvrira-t-elle un espace de vérité et de dialogue, ou ne fera-t-elle que raviver une fracture qui dure depuis des générations ?

