Le débat sur l’ingérence diplomatique en Haïti vient de franchir une nouvelle étape. Après les déclarations explosives du conseiller-président Fritz Alphonse Jean affirmant avoir été sanctionné par le Département d’État américain pour avoir refusé de renoncer à une initiative interne au Conseil présidentiel de transition (CPT), le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC),dans une note de presse publiée ce vendredi 28 novembre, interpelle publiquement les États-Unis et le Canada sur de possibles violations de la Convention de Vienne.
Le RHAJAC, par voie de note officielle, affirme disposer d’informations “suscitant de sérieuses inquiétudes” quant à des pressions exercées par certains représentants diplomatiques étrangers afin d’influencer les décisions internes du CPT, notamment la question sensible du remplacement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Des pressions diplomatiques qui interrogent
Le 25 novembre, Fritz Alphonse Jean déclarait avoir été directement visé par une mesure de sanction américaine après avoir refusé de se conformer aux « injonctions » d’un représentant du Département d’État. Selon lui, ces pressions visaient à le dissuader de participer à une démarche interne du CPT en faveur d’un changement à la Primature.
Ces accusations, si elles étaient avérées, constitueraient un manquement grave à la Convention de Vienne, qui encadre strictement la neutralité diplomatique et interdit toute ingérence dans les affaires internes d’un État souverain.
Une demande d’enquêtes internationales
Face à ce climat explosif, le RHAJAC réclame l’ouverture immédiate d’enquêtes administratives indépendantes :
- aux ministères des Affaires étrangères des États-Unis et du Canada,
- au Département d’État américain, via son Bureau de l’Inspecteur général, concernant le chargé d’affaires Henry T. Wooster,
- aux instances disciplinaires d’Affaires mondiales Canada, concernant l’ambassadeur André François Giroux.
L’organisation précise qu’elle ne vise aucune personne à titre individuel, mais souhaite que les faits soient “établis, clarifiés et traités dans le respect des normes diplomatiques internationales”. Pour le RHAJAC, cette démarche vise à préserver une relation équilibrée entre Haïti et ses partenaires, mais aussi à restaurer la confiance du public dans la conduite des affaires diplomatiques.
Une souveraineté déjà fragilisée
Cette controverse intervient alors que le CPT peine à dégager une majorité pour statuer sur le maintien ou non du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Des fuites internes indiquent que quatre des sept membres seraient prêts à signer une résolution de révocation, tandis que les trois autres privilégieraient la préservation de leurs relations personnelles ou familiales avec le Canada et les États-Unis.
Dans ce contexte, les accusations d’ingérence étrangère ne font qu’amplifier le sentiment d’un pouvoir sous influence, alors même que l’opinion publique attend du CPT des signaux clairs d’indépendance, d’unité et de responsabilité.
Un appel à la transparence et au respect des normes internationales
Le RHAJAC insiste : l’objectif n’est pas de provoquer un affrontement diplomatique, mais de rappeler que les relations entre États reposent sur des règles précises et non négociables. La souveraineté nationale, dit la note, « n’est pas un principe abstrait, mais le fondement même de la stabilité institutionnelle ».
En conclusion, le réseau réaffirme son engagement pour la transparence, la responsabilité et la défense de l’intérêt public — trois valeurs qu’il estime aujourd’hui menacées par les dérives possibles de certains partenaires étrangers.




