Trois jours après la tenue des élections nationales en Guinée-Bissau, un groupe de militaires est apparu sur la télévision d’État pour annoncer avoir pris le contrôle du pays.
L’intervention, rare et inattendue, a été menée par le porte-parole du Commandement militaire, le lieutenant-colonel Denis N’Canha, qui a déclaré que les Forces armées avaient décidé de “destituer immédiatement le Président de la République et de suspendre toutes les institutions de l’État jusqu’à nouvel ordre.”
Une annonce qui plonge le pays dans l’incertitude
Selon Denis N’Canha, la décision aurait été motivée par la “découverte d’un plan de déstabilisation nationale”, sans toutefois fournir de détails sur la nature de ce supposé complot ni sur les responsables présumés.
L’armée n’a pas précisé si elle bénéficiait du soutien unanime de la hiérarchie militaire, ni si des négociations étaient en cours avec les autorités civiles.
Cette prise de parole, diffusée dans un climat de tension palpable, a laissé de nombreux Bissau-Guinéens dans l’attente de clarifications, alors que les activités administratives et institutionnelles semblaient partiellement interrompues dans la capitale.
Silence des autorités civiles et réactions mesurées
Jusqu’à présent, aucune réaction officielle du Président ou du gouvernement élu n’a été rendue publique.
Des sources locales évoquent un renforcement de la présence militaire dans certains quartiers stratégiques, tandis que les communications autour des institutions républicaines se font rares.
À l’international, les partenaires régionaux et les organisations multilatérales surveillent la situation avec prudence, évitant pour le moment toute déclaration précipitée. Plusieurs diplomates africains interrogés en coulisses disent “suivre l’évolution de la situation heure par heure.”
Un pays habitué aux tensions institutionnelles
La Guinée-Bissau, indépendante depuis 1973, a connu au fil des décennies une succession de crises politiques, de dissolutions parlementaires, de rivalités internes et de coups d’État.
Cette nouvelle rupture potentielle de l’ordre constitutionnel intervient dans un contexte électoral déjà fragile, marqué par des rivalités de pouvoir et des accusations de manipulation en coulisses.
Pour de nombreux observateurs, le manque de transparence, la fragmentation des forces politiques et la défiance envers les institutions ont contribué à créer un terrain propice aux interventions militaires répétées.
La population entre inquiétude et résignation
Dans les rues de Bissau, les réactions oscillent entre inquiétude et fatigue. Plusieurs habitants, interrogés par téléphone, évoquent « un sentiment de déjà-vu » et craignent une paralysie prolongée du pays. D’autres appellent au calme et espèrent que les militaires apporteront des précisions sur leurs intentions réelles.



