Dans un climat politique déjà saturé de méfiance et de tensions, une nouvelle crise secoue le Conseil présidentiel de transition (CPT). Le journaliste et animateur Rudy Sanon, PDG de Team Rudy Officiel, a appelé publiquement à la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, estimant que cette décision serait indispensable pour « redonner crédibilité et cohérence » à la transition après les révélations explosives concernant les pressions diplomatiques exercées sur des membres du CPT.
À l’origine du séisme : le témoignage de Fritz Alphonse Jean
Les déclarations de Rudy Sanon interviennent dans la foulée de la sortie publique du conseiller Fritz Alphonse Jean, qui a affirmé avoir reçu des pressions directes du chargé d’affaires américain à Port-au-Prince, Henry T. Wooster.
Selon Fritz Jean, qui s’est exprimé auprès de Associated Press, Washington lui aurait imposé des restrictions de visa et des menaces de sanctions pour avoir soutenu l’idée de remplacer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Le message attribué au diplomate — et désormais largement partagé sur les réseaux sociaux — est explicite :
« Je comprends que vous faites partie d’un groupe qui travaille à renverser le chef du gouvernement. Si vous et votre famille tenez à votre relation avec les États-Unis, je vous conjure de vous désister de toute initiative visant à évincer le Premier ministre. Ce n’est pas le moment de mettre à l’épreuve la détermination des États-Unis. »
Ces propos, que Fritz Jean assure être authentiques, ont enclenché un bras de fer politique inédit entre Washington et une partie des acteurs de la transition haïtienne.
Des sanctions perçues comme « politisées »
Plusieurs voix, dont celle de Rudy Sanon, s’interrogent désormais sur la nature et les motivations des sanctions imposées par les États-Unis et le Canada. Selon eux, les révélations de Fritz Jean jettent un doute sur l’impartialité des mesures prises ces dernières années contre divers responsables haïtiens.
Pour Rudy Sanon, la situation donne l’image d’une transition « sous tutelle », où les décisions essentielles seraient conditionnées par des intérêts extérieurs :
« Si un membre du CPT peut être sanctionné simplement pour avoir réclamé un changement de Premier ministre, cela pose une question grave : à qui profite réellement la transition ? »
Des analystes politiques haïtiens, consultés anonymement, évoquent eux aussi un possible glissement vers une diplomatie coercitive, où la menace de sanctions deviendrait un instrument de contrôle politique plutôt qu’un outil contre la corruption ou les violations des droits humains.
Rudy Sanon : “Le CPT doit prouver qu’il n’est pas une marionnette”
Pour le journaliste, le CPT joue désormais sa survie politique et morale. Selon lui, maintenir Alix Didier Fils-Aimé malgré ces révélations reviendrait à confirmer l’idée que le Conseil n’a ni autonomie réelle ni capacité de décision.
« Le CPT doit démontrer qu’il n’est pas une simple chambre d’enregistrement. La population attend des actes, pas des titres universitaires ou des discours », martèle-t-il.
Il estime que la révocation du Premier ministre serait un signal clair envoyé à la population : celui d’un Conseil capable d’exercer pleinement son autorité constitutionnelle.
Une transition fragilisée depuis la chute de Gary Conille
La crise actuelle intervient quelques mois après la révocation de l’ancien Premier ministre Gary Conille, lui aussi débarqué à la suite de tensions internes et de manoeuvres diplomatiques étranglées.
Le président français Emmanuel Macron avait alors publiquement fustigé l’ingérence internationale en Haïti, parlant de pays traités comme des « États dirigés par une bande de cons » une phrase devenue virale et largement reprise dans le débat public haïtien.
L’avenir du CPT en jeu
Cette nouvelle affaire plonge la transition dans une zone d’incertitude :
- Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé reste en poste, mais son autorité apparaît fragilisée.
- Le CPT doit se prononcer sur les accusations, les pressions diplomatiques et les appels à la révocation.
- Washington n’a pas encore commenté publiquement la publication du message attribué à son chargé d’affaires.
- La population, elle, observe avec lassitude une transition qui peine à tenir ses engagements, notamment en matière de sécurité et de gouvernance.
Dans un pays où les institutions sont déjà mises à rude épreuve, cette nouvelle tempête politique pourrait décider du sort de la transition — et de la crédibilité des autorités haïtiennes face à une population en quête de vérité, de souveraineté et de stabilité.



