RHAJAC dénonce une prise en otage de l’État : la Douane livrée aux parrains de la corruption: « une nomination qui pourrait faire basculer l’État »
Par Amoureux de la sagesse
Une simple nomination administrative ? C’est en tout cas ainsi que l’entourage du Conseil présidentiel de transition tente de présenter ce qui s’annonce comme l’un des tournants les plus sensibles de l’année politique en Haïti. Pourtant, selon une note d’alerte publiée ce jeudi 18 septembre par le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), cette désignation pourrait marquer un basculement historique de l’appareil douanier national sous l’influence directe de groupes liés au narcotrafic.
Une alerte fondée sur des sources internes
Dans son communiqué, le RHAJAC affirme avoir obtenu confirmation de la prochaine nomination de Gérald Remplais au poste de directeur général de l’Administration Générale des Douanes (AGD). Cette information provient, selon le réseau, d’une source crédible au sein même du Conseil présidentiel de transition.
Mais c’est moins le nom de M. Remplais qui choque que ce qu’il représente. Le RHAJAC le décrit comme un instrument entre les mains de puissants acteurs économiques et politiques, souvent pointés du doigt dans des affaires de contrebande, d’évasion fiscale et de corruption douanière. Trois noms sont cités explicitement : Édouard Baussan, Marc-Antoine Acra et Olivier Barreau.
“Ce qui se prépare n’est pas une simple affectation. C’est un rapt institutionnel”, déclare Djovany Michel, secrétaire général du RHAJAC, dans un entretien accordé peu après la diffusion de la note.
Quand l’État se mettrait au service du crime économique
Si la nomination de Remplais se concrétise dans les heures ou les jours à venir, ce ne serait pas seulement une erreur de casting, mais un signal tragique envoyé à la population : celui d’un État qui abandonne tout effort de résistance face aux réseaux mafieux.
La note du RHAJAC dresse un tableau sombre des conséquences attendues :
- Une recrudescence du trafic de stupéfiants, notamment de cocaïne, via les ports et aéroports du pays ;
- Une institutionnalisation de la corruption, où les postes douaniers deviennent des centres de financement illégal au profit de clans puissants ;
- Un pillage systématique des recettes publiques, privant l’État des moyens les plus élémentaires pour financer ses services de base.
La Douane, dernier bastion stratégique
Loin d’être un simple organe technique, l’Administration Générale des Douanes est l’un des piliers de la souveraineté économique d’Haïti. Elle collecte une part importante des revenus de l’État, assure le contrôle des flux de marchandises, et joue un rôle clé dans la lutte contre la contrebande.
Or, dans un pays déjà laminé par la crise sécuritaire, la fragilité institutionnelle et l’effondrement des services publics, confier la Douane à des mains suspectes, c’est comme livrer la clé de la maison à ceux qui l’ont toujours pillée par effraction.
“On ne peut pas se battre contre la corruption en offrant ses leviers à ceux qui la nourrissent”, martèle le RHAJAC.
Silence politique, mobilisation citoyenne ?
Jusqu’ici, aucune réaction officielle n’est venue confirmer ou infirmer les informations du RHAJAC. Au sein du gouvernement de transition, certains parlent d’“instrumentalisation politique” ou de tentative de “déstabilisation institutionnelle”. Mais dans les coulisses, plusieurs voix, y compris parmi des cadres de l’administration, reconnaissent une inquiétude grandissante.
Face à ce qu’il considère comme une attaque frontale contre l’État, le RHAJAC en appelle à une mobilisation nationale et internationale : société civile, corps de métiers, syndicats, diaspora, partenaires techniques, organismes multilatéraux.
“Laisser passer cette décision reviendrait à légitimer la narco-corruption et enterrer définitivement la souveraineté nationale”, avertit la note.
Une ligne rouge à ne pas franchir
Ce n’est pas la première fois que la Douane haïtienne se retrouve au centre d’un scandale. Mais cette fois-ci, le RHAJAC insiste : il ne s’agit plus d’un dysfonctionnement ou d’un abus isolé, mais d’un projet structuré de prise de pouvoir économique et stratégique.
Le réseau appelle à la vigilance, la transparence, la responsabilité, mais aussi à la mémoire collective : se souvenir des conséquences désastreuses de chaque recul de l’État face aux réseaux mafieux. Car il n’y a pas d’avenir possible dans un pays où les institutions sont gérées comme des entreprises privées au service du crime.
La presse face à son rôle d’alerte
Dans un contexte de répression, d’intimidations et de désinformation, le RHAJAC maintient sa position de sentinelle. À travers cette note, ses membres assument leur responsabilité : dire ce que d’autres n’osent plus dire, alerter sans trembler, même si le prix à payer est lourd.
“Nous avons le devoir de dire non. Non à l’indifférence. Non à la peur. Non à l’oubli. Oui à la vérité. Oui à la justice. Oui à Haïti”, conclut le secrétaire général.
Djovany Michel — Secrétaire général
🔗 Site officiel : rhajac.org
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