Dans un pays en proie à l’insécurité chronique, à l’instabilité politique et à la misère croissante, la question du leadership devient cruciale. Deux anciens Premiers ministres, Laurent Lamothe et Gary Conille, suscitent aujourd’hui un regard contrasté, mais essentiel à reconsidérer à la lumière des choix actuels du gouvernement. Malgré les critiques et les controverses qui ont marqué leur passage à la Primature, ils ont en commun un trait que d’aucuns estiment rare dans le paysage politique haïtien : un refus catégorique de pactiser avec les gangs armés.
Une ligne rouge : ni négociation, ni cohabitation
Durant leur mandat respectif, Lamothe et Conille ont été souvent la cible de manifestations, de pressions politiques et de campagnes de dénigrement. Certains y voient aujourd’hui la conséquence directe de leur refus de « jouer le jeu » des puissances de l’ombre : les gangs armés et certains oligarques aux intérêts profondément enracinés dans le système.
Sans les présenter comme exempts de reproches – car aucun gouvernement en Haïti n’est à l’abri des critiques légitimes – il est néanmoins reconnu qu’aucun d’eux n’a cédé aux sirènes de la compromission. À défaut d’avoir pu éradiquer le phénomène des gangs, ils ont au moins tenté de maintenir une barrière entre l’État et ces groupes qui terrorisent la population.
Une époque différente : Alix Didier Fils-Aimé et l’accusation de passivité volontaire
Aujourd’hui, la situation semble avoir radicalement changé. L’actuel Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, fait l’objet de vives critiques de la société civile, de l’opposition et même de certaines instances internationales. On l’accuse de fermer les yeux – voire de coopérer indirectement – avec les groupes armés pour maintenir un semblant de stabilité… ou un pouvoir devenu fragile.
Contrairement à ses prédécesseurs, Fils-Aimé semble avoir adopté une stratégie de tolérance calculée. Des rapports font état de fonds publics détournés, de contrats opaques signés avec des groupes économiques puissants, et d’arrangements non officiels avec des chefs de gangs. Certains l’accusent d’acheter le silence des armes, quitte à hypothéquer l’avenir du pays.
Une démocratie en péril
Le peuple haïtien, qui subit au quotidien l’insécurité, le chômage, la faim et l’accès de plus en plus difficile aux soins de santé, assiste impuissant à cette dérive. Pendant que les écoles ferment, que les familles fuient les quartiers livrés aux gangs, le gouvernement annonce des élections controversées, dénoncées d’avance comme une mascarade destinée à faire élire un proche du pouvoir.
Pour nombre d’analystes, ces élections prévues dans un climat de terreur, sans garantie de transparence, ne sont qu’un prétexte pour renforcer une prise de contrôle sur l’appareil d’État. Un contrôle que certains estiment déjà capturé par un jeu cynique entre élites politiques, acteurs économiques puissants et groupes armés.
Quel avenir pour Haïti ?
Face à cette situation, une question persiste : quel type de leadership Haïti mérite-t-elle réellement ? Un leadership courageux, quitte à être impopulaire, mais qui refuse de vendre son âme aux fauteurs de trouble ? Ou un leadership de compromis, où la paix apparente est achetée au prix fort, parfois avec la dignité et la souveraineté d’un peuple tout entier ?
Le débat reste ouvert, mais l’histoire, elle, n’oublie pas. Et tôt ou tard, elle demandera des comptes à ceux qui auront préféré le pouvoir à tout prix, au détriment du bien commun.



