Après des mois de bombardements, de combats au sol et de déplacements massifs de population, l’armée israélienne affirme ce jeudi détenir désormais 40 % du territoire de Gaza City, cœur urbain et symbolique de l’enclave palestinienne. Une annonce qui s’accompagne d’une volonté clairement affichée : pousser l’offensive jusqu’au contrôle total de la ville.
« L’opération entre dans une nouvelle phase. Nous avons sécurisé près de 40 % de Gaza-City et nous allons poursuivre nos efforts jusqu’à ce que la menace soit neutralisée. »
— Effie Defrin, porte-parole de l’armée israélienne
Une progression stratégique, mais coûteuse
Depuis plusieurs semaines, les forces israéliennes — principalement issues de la 162e division et de la brigade Givati — concentrent leur présence dans les quartiers nord-est de la ville, notamment Zeitoun et Sheikh Radwan, zones densément peuplées et historiquement associées aux activités du Hamas.
Selon des sources militaires, les combats de rue, les tunnels piégés et les escarmouches nocturnes rendent la progression lente et périlleuse. Des unités d’élite israéliennes affirment avoir démantelé plusieurs centres de commandement souterrains, mais à quel prix ?
Une ville vidée, des civils piégés
Gaza n’est plus vraiment une ville. C’est un champ de ruines, strié de colonnes de fumée, de silences pesants et de cris étouffés. Une ville qui ne dort plus, où l’on survit entre deux frappes, entre deux déplacements.
Les Nations Unies estiment que plus de 80 % de la population a été déplacée depuis le début du conflit, certains à plusieurs reprises. Mais des milliers de civils sont encore présents dans la ville, souvent par choix contraint.
« Nous n’avons nulle part où aller. Rafah est détruite. Khan Younès aussi. Ici, c’est chez moi, même si tout est détruit. »
— Souad, 42 ans, mère de trois enfants réfugiée dans une école désaffectée de Gaza-City
Des témoignages comme celui de Souad, il en existe des milliers. Derrière les chiffres, ce sont des familles, des visages, des deuils silencieux. La faim, la peur et la fatigue sont devenues le quotidien.
Une intensification annoncée, une communauté internationale divisée
Dans un communiqué publié jeudi soir, le gouvernement israélien a confirmé vouloir “accélérer le rythme de l’offensive”, estimant que le contrôle complet de la ville était une étape incontournable pour « anéantir la structure militaire du Hamas ».
Cette stratégie suscite des réactions internationales contrastées. Washington, tout en réaffirmant son soutien à Israël, presse le gouvernement Netanyahu de limiter les pertes civiles. L’Égypte, de son côté, dénonce un “plan de déplacement forcé” et appelle à un cessez-le-feu immédiat. L’ONU, enfin, alerte sur une situation humanitaire “au bord du gouffre”.
Des chiffres glaçants
- 63 000 morts palestiniens, selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, depuis le début de l’offensive.
- Plus de 370 décès liés à la famine, dont des dizaines d’enfants.
- 53 morts enregistrés dans les dernières 24 heures dans Gaza-City, selon des hôpitaux locaux.
- 8 otages israéliens encore supposés détenus vivants par le Hamas dans la zone urbaine.
Si Israël parvient à prendre le contrôle total de Gaza-City, la question de l’après reste entière. Le gouvernement israélien n’a pas encore présenté de plan clair sur la gestion politique de l’enclave. Une occupation militaire prolongée ? Une autorité intérimaire ? Une administration internationale ? Le flou demeure, nourrissant la peur d’un conflit sans fin.
Un conflit qui redéfinit la carte humaine et morale
Gaza, aujourd’hui, n’est pas seulement un territoire assiégé. C’est un miroir brisé de notre époque. Une ville rasée qui interroge la frontière entre sécurité et justice, entre droit de se défendre et responsabilité de protéger.
Les mots ne suffisent plus.
Les chiffres non plus.
Il ne reste que les silences, les ruines, et les regards qui cherchent encore la lumière.



