Pour la première fois depuis 2019, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un quittera son pays pour se rendre en visite officielle à l’étranger. Selon une annonce du ministère chinois des Affaires étrangères, le leader nord-coréen assistera à Pékin, le 3 septembre prochain, à un défilé militaire organisé pour commémorer les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Asie.
L’événement, qui s’annonce grandiose, réunira 26 chefs d’État et de gouvernement, dont les présidents Vladimir Poutine (Russie), Ebrahim Raïssi (Iran), Alexandre Loukachenko (Biélorussie) et plusieurs dirigeants d’Asie centrale et d’Afrique. Pékin entend ainsi marquer son poids historique, militaire et diplomatique dans un contexte international de plus en plus fracturé.
Une visite rare, au symbole fort
Kim Jong Un n’a que rarement voyagé à l’étranger depuis son accession au pouvoir en 2011. Depuis la pandémie de Covid-19, la Corée du Nord est restée largement fermée au monde extérieur. Sa dernière visite à Pékin remonte à janvier 2019, lors d’une série d’échanges avec le président chinois Xi Jinping, en marge de ses pourparlers avortés avec les États-Unis.
Cette visite constitue donc un signal politique clair : Pyongyang renforce publiquement son alignement stratégique avec Pékin et Moscou, dans une logique de contrepoids au bloc occidental.
“Ce n’est pas qu’un anniversaire historique. C’est un moment d’affirmation géopolitique de l’axe Pékin–Pyongyang–Moscou”, analyse Zhao Lijian, chercheur à l’université de Fudan.
Un contexte de tensions mondiales
L’événement intervient dans un climat mondial particulièrement tendu. Tandis que la guerre en Ukraine se prolonge et que la confrontation stratégique entre les États-Unis et la Chine s’intensifie dans l’Indo-Pacifique, la Corée du Nord multiplie les essais balistiques, au grand dam de la Corée du Sud et du Japon.
La présence simultanée de Kim Jong Un et de Vladimir Poutine à Pékin attirera à coup sûr l’attention des chancelleries occidentales. Elle pourrait aussi donner lieu à des échanges trilatéraux informels, en marge des cérémonies. Si rien n’a encore été confirmé officiellement, des discussions autour de coopérations militaires et technologiques entre les trois pays sont évoquées par plusieurs analystes.
Une commémoration aux allures de démonstration de force
La date du 3 septembre, jour de la capitulation du Japon face aux Alliés en 1945, est un jalon symbolique pour la Chine. Pékin entend souligner son rôle dans la victoire contre les forces impérialistes, et réaffirmer la centralité de son armée dans la construction de la puissance nationale.
“Les défilés militaires sont aussi, en Chine, des messages destinés à l’intérieur du pays : c’est une façon pour Xi Jinping de consolider l’image d’une Chine forte, unie et respectée sur la scène internationale,” explique une source diplomatique européenne basée à Pékin.
Le défilé devrait mobiliser plus de 12 000 soldats, des dizaines de blindés, de missiles et d’avions de chasse. Les présidents présents, parmi lesquels plusieurs alliés de la Chine et de la Russie, auront une tribune privilégiée pour assister à cette démonstration de puissance coordonnée.
Une alliance qui s’affirme
Ce rapprochement sino-coréo-russe ne date pas d’hier, mais il prend une nouvelle tournure depuis le tournant autoritaire et ultra-sécuritaire de ces trois régimes. Kim Jong Un, isolé sur la scène internationale, trouve en Pékin et Moscou des soutiens stratégiques pour contourner les sanctions, moderniser ses capacités militaires, et affirmer la survie de son régime face à la pression américaine.
Pour Xi Jinping, accueillir Kim et Poutine côte à côte sur la place Tiananmen, lors d’un défilé célébrant la victoire sur le militarisme japonais, est un acte de posture autant que de mémoire. Il envoie un signal fort : l’Asie du XXIe siècle s’organise sans l’Occident.
Une image forte, un monde polarisé
Alors que les fractures géopolitiques se creusent, la présence simultanée à Pékin de dirigeants aussi controversés que Kim Jong Un, Vladimir Poutine ou Ebrahim Raïssi cristallisera les tensions entre puissances globales.
Derrière les symboles commémoratifs et les discours d’unité régionale, ce 3 septembre pourrait bien être le théâtre silencieux d’un nouveau tournant dans la recomposition des équilibres mondiaux.



