Par Amoureux de la Sagesse – Tel : 3665-2094
Pèlerin 5, Port-au-Prince, 28 août 2025.
Cinq ans jour pour jour après l’assassinat de Me Monferrier Dorval, la vérité demeure enterrée sous le poids du silence, de l’indifférence et de l’impunité. Le soir du vendredi 28 août 2020, des individus armés pénétraient dans sa résidence privée, au quartier huppé de Pèlerin 5, pour l’exécuter froidement. Un acte ciblé, brutal, politique.
Depuis, aucun procès, aucun jugement, aucun coupable. L’enquête, si elle n’a jamais véritablement existé, est aujourd’hui au point mort. Les assassins sont toujours en liberté, et l’État haïtien, encore une fois, se dérobe.
Un crime contre l’intelligence et la République
Me Dorval n’était pas simplement un avocat. Il incarnait l’élégance intellectuelle, la rigueur morale, l’engagement désintéressé pour une Haïti nouvelle. En tant que bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, il plaidait pour une réforme en profondeur de la Constitution, pour une République fondée sur le droit, non sur la force ni la peur.
“Un pays sans justice est une rivière sans eau.”
Cette phrase, devenue tristement célèbre depuis sa mort, résonne encore aujourd’hui avec amertume. Car cinq ans après, la rivière est toujours à sec, et l’eau de la justice ne coule plus dans le pays de Toussaint Louverture.
Une affaire enterrée, des responsabilités évitées
Pourquoi cet assassinat n’a-t-il jamais été élucidé ? Qui protège les assassins ? Qui sont les commanditaires ?
Autant de questions restées sans réponse, dans un pays où la loi semble s’arrêter aux portes du pouvoir et où la parole du peuple s’éteint dans le bruit des armes.
Officiellement, l’affaire n’est pas close. Officieusement, elle est étouffée. Les institutions judiciaires sont asphyxiées, les juges menacés, les témoins intimidés ou réduits au silence. Et dans ce décor délabré, la peur devient système de gouvernement.
Haïti entre silence, trahison et survie
Faut-il encore espérer justice dans un pays où les criminels rient sous la protection des élus, où les gangs armés règnent sur les quartiers, avec l’aval — ou le soutien tacite — d’une frange de la classe politique ?
Faut-il croire en un avenir construit par les mêmes politiciens traditionnels qui, depuis des décennies, ont systématiquement échoué, trahi, corrompu, volé, menti, et parfois même financé le chaos à travers leurs liens avec des groupes armés ?
Où est passé l’État ? Où est passée la justice ? Où est passée la mémoire collective ?
Monferrier Dorval : une blessure ouverte
Le silence autour de l’assassinat de Dorval est un révélateur cruel de l’effondrement haïtien.
Mais c’est aussi un signal d’alarme. Car en tuant Dorval, ce n’est pas seulement un homme qu’on a abattu, c’est une idée qu’on a voulu faire taire : celle d’une Haïti juste, moderne, éclairée, sobrement républicaine.
Et pourtant, malgré la peur, malgré l’exil des élites, malgré l’usure et la résignation, des voix continuent de s’élever. Silencieuses, minoritaires, mais obstinées. Ce sont celles d’une jeunesse lucide, d’une diaspora éveillée, d’intellectuels non alignés, d’un peuple fatigué de souffrir mais encore capable de rêver.
Pour combien de temps encore allons-nous vivre dans un pays sans justice ?
Faut-il continuer d’espérer ? Peut-on espérer encore quelque chose d’une classe politique disqualifiée par son propre cynisme ?
Ou faut-il rompre, reconstruire, renaître autrement ?
En attendant, la justice tarde, le silence tue, et la rivière reste à sec.
Et tant que l’assassinat de Monferrier Dorval restera impuni, c’est tout un peuple qui portera cette honte sur le dos.



