Alors que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et le Premier ministre Alix Fils-Aimé s’activent à organiser des élections censées ramener un semblant d’ordre constitutionnel, une large frange de la population haïtienne reste sceptique, voire profondément hostile. Beaucoup y voient un simulacre démocratique orchestré par des figures usées du système politique, incapables de répondre aux urgences du pays.
Une classe dirigeante discréditée
Dans une tentative de rallier les soutiens nécessaires à la tenue du scrutin, les membres du CPT et le Premier ministre ont récemment entamé des discussions avec d’anciens chefs d’État. Des noms déjà connus, déjà contestés – et pour beaucoup, associés aux échecs à répétition de la gouvernance haïtienne. Ces démarches, plutôt que d’inspirer confiance, ravivent le sentiment d’un éternel recommencement : les mêmes visages, les mêmes promesses, et les mêmes résultats décevants.
Pour de nombreux Haïtiens, cette classe politique n’a tout simplement plus aucune légitimité. Elle est perçue comme déconnectée des réalités du pays, incapable de répondre aux besoins les plus élémentaires, et surtout, incapable de garantir la sécurité de la population.
Une réalité hors de contrôle
Alors que le gouvernement annonce des élections, le pays reste en proie à une crise multidimensionnelle sans précédent. Le plus grand hôpital public, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), est toujours fermé ou dysfonctionnel. Des axes routiers cruciaux, notamment ceux qui relient les départements du Grand Sud à la capitale, sont coupés ou sous la menace constante des gangs armés. Des quartiers entiers de Port-au-Prince échappent totalement au contrôle des autorités.
Des centaines de milliers de déplacés internes vivent dans des conditions précaires, sans aide suffisante pour regagner leurs maisons. Dans ces circonstances, beaucoup se demandent : à quelles élections fait-on référence ?
Une opération sans crédibilité ?
Ce contexte soulève une question de fond : des élections organisées sans sécurité, sans services publics fonctionnels, sans justice indépendante, peuvent-elles être crédibles ? Nombre d’observateurs, y compris au sein de la société civile haïtienne, en doutent fortement.
Plusieurs membres du gouvernement de transition font eux-mêmes face à des accusations de corruption, de détournement de fonds publics, voire de collaboration passive avec des groupes armés. La méfiance populaire, déjà profonde, s’enracine davantage à mesure que les mêmes dynamiques de clientélisme, d’opacité et d’autoritarisme réapparaissent.
Une démocratie vidée de sens ?
Dans les rues de Port-au-Prince, comme dans les zones rurales, une partie de la population semble avoir tourné la page des urnes. La démocratie représentative, telle qu’elle est proposée aujourd’hui par le CPT, apparaît comme un jeu d’ombres sans effet sur la vie réelle des citoyens.
« Ce ne sont pas des élections qu’on veut, c’est un État », déclare un jeune déplacé de Carrefour-Feuilles. « Comment peut-on parler de vote alors qu’on n’a même pas de toit, pas de sécurité, pas d’hôpital, rien ? »
Un avenir suspendu
Haïti reste suspendu à une transition sans véritable cap. Le risque est grand que ces élections, si elles ont lieu, soient vues comme une simple formalité internationale, destinée à valider un pouvoir sans base populaire. Sans confiance, sans institutions fonctionnelles, et sans rupture claire avec le passé, l’illusion du processus démocratique pourrait aggraver encore davantage la crise de légitimité.
En résumé :
- Le CPT et le Premier ministre Alix Fils-Aimé veulent organiser des élections rapidement.
- Ils s’appuient sur d’anciens dirigeants, déjà décriés, pour bâtir un consensus.
- Le contexte sécuritaire, humanitaire et institutionnel rend ces élections très incertaines.
- La majorité de la population doute de la sincérité et de l’utilité du processus.
- Le risque : un scrutin sans légitimité qui renforce la méfiance envers l’État.



