Par Amoureux de la sagesse | Port-au-Prince, le 19 août 2025
Dans un climat politique déjà fortement polarisé, une nouvelle passe d’armes secoue la scène haïtienne. L’avocat Caleb Jean-Baptiste a lancé de lourdes accusations publiques à l’encontre de l’ancien sénateur et dirigeant du parti Pitit Dessalines, Moïse Jean-Charles, allant jusqu’à promettre son arrestation « dès son retour dans la rue ». Des propos qui suscitent à la fois stupeur, indignation et interrogation sur la tension croissante entre certaines figures politiques du pays.
Des accusations explosives
Lors d’une intervention diffusée sur les réseaux sociaux ce mardi 19 août, Maître Caleb Jean-Baptiste a déclaré sans détour :
« Dès que Moïse Jean-Charles remettra les pieds dans la rue, je vais lui mettre la main dessus, l’arrêter et le remettre à la police. Cet homme est un voleur de vaches, un trafiquant d’organes, un voleur de reins et d’anguilles. »
Des accusations aussi graves que troublantes, proférées sans preuves présentées publiquement à ce stade. Contacté par notre rédaction, l’entourage de Caleb n’a pas souhaité commenter davantage, affirmant que “les preuves viendront en temps voulu”.
Un retour en scène controversé
Ces déclarations surviennent alors que Moïse Jean-Charles a récemment organisé une démonstration de force en provenance du Cap-Haïtien. Selon Maître Caleb, l’ancien sénateur aurait mobilisé près de 15 millions de gourdes pour affréter un bus rempli de militants afin d’assurer sa présence publique à Port-au-Prince et raviver une popularité en berne. “Il vient avec un bus d’applaudissements achetés”, a lancé l’avocat, accusant Moïse d’avoir perdu “sa dignité, son caractère d’homme, et sa légitimité politique”.
Des mots durs, parfois virulents, qui tranchent avec le ton habituellement mesuré de la scène judiciaire haïtienne.
Moïse Jean-Charles, une figure controversée
Ancien sénateur, ancien candidat à la présidence, et ex-allié de Jean-Bertrand Aristide, Moïse Jean-Charles est une figure connue — et clivante — de la vie politique haïtienne. Son parti, Pitit Dessalines, a longtemps incarné une ligne nationaliste et radicale, souvent en opposition frontale avec le pouvoir en place.
S’il a connu un véritable engouement populaire au cours des années 2015-2017, de nombreux observateurs estiment aujourd’hui que sa capacité de mobilisation s’est largement réduite. Toutefois, certains analystes y voient un retour calculé, à un moment où l’État haïtien peine à rétablir l’ordre face à la montée de l’insécurité, des gangs et de l’instabilité institutionnelle.
Des tensions symptomatiques d’un pays fracturé
Cette confrontation verbale entre un avocat connu et un ex-dirigeant politique n’est pas un simple fait divers : elle révèle un climat de violence verbale, de règlements de comptes et de défiance généralisée vis-à-vis des institutions. En l’absence d’un système judiciaire fort et indépendant, les accusations graves se multiplient dans l’espace public sans qu’aucune suite judiciaire sérieuse ne soit systématiquement engagée.
Pas de réaction officielle de Moïse Jean-Charles
Sollicité pour répondre à ces accusations, Moïse Jean-Charles n’a pour l’instant émis aucun commentaire officiel. Son équipe de communication reste silencieuse. En attendant, la déclaration de Maître Caleb a largement circulé sur les réseaux, suscitant réactions partagées et débat national. Certains y voient une tentative d’intimidation politique, d’autres un signal de ras-le-bol face à l’impunité supposée des élites.
Entre justice et vengeance
Le droit de s’exprimer ne saurait se substituer au travail judiciaire. Si les accusations portées par Maître Caleb Jean-Baptiste sont fondées, elles devront être examinées dans le cadre légal approprié. Dans le cas contraire, elles risquent d’aggraver un peu plus le climat d’anarchie verbale qui règne dans le pays. Une chose est certaine : à quelques mois d’échéances électorales incertaines, le terrain politique haïtien reste aussi instable que dangereux.



