Par notre rédaction Haitiens.org | Port-au-Prince, le 21 juillet 2025
Un mois après une décision qui continue de susciter colère et incompréhension, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé maintient une nomination qui, pour beaucoup, incarne la résurgence brutale d’une culture d’impunité profondément enracinée dans les institutions haïtiennes. Celle de Madame Katherine Cassy Chéry, épouse de l’ancien sénateur Nenel Cassy, à la tête du service des passeports en République dominicaine, malgré un passif judiciaire lourd et des sanctions internationales bien documentées.
Quand les faits dérangent
La nomination en elle-même aurait pu passer inaperçue dans un pays où les scandales se succèdent à un rythme effréné. Mais les éléments rassemblés par le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) dressent un portrait glaçant de ce que certains qualifient de « mise sous tutelle mafieuse » d’une partie de l’État.
Car Madame Chéry n’est pas qu’une fonctionnaire. Elle est, selon des sources judiciaires et des documents diplomatiques, sous enquête pour corruption, connivence avec des chefs de gangs, et participation présumée à des réseaux de blanchiment d’argent. Son mari, l’ex-sénateur Cassy, est activement recherché depuis le 18 février 2025 par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), pour des faits similaires — mais bien plus graves encore : complot contre la sûreté de l’État, financement du terrorisme et association criminelle.
Des sanctions internationales ignorées
Les avertissements de la communauté internationale n’ont pourtant pas manqué. Le 11 décembre 2023, le département d’État américain inscrivait le couple Cassy sur sa liste de personnes sanctionnées pour « abus de position publique » et « soutien à des activités criminelles et violentes ». Quelques mois plus tôt, en mars, le Canada emboîtait le pas, dénonçant le rôle de Nenel Cassy dans le financement de groupes armés opérant dans la capitale haïtienne.
Mais à Port-au-Prince, ces signaux semblent glisser sur les murs des palais. Aucune enquête nationale sérieuse n’a été ouverte. Pire, certains des plus hauts responsables de l’État s’afficheraient régulièrement avec les intéressés.
Des protections au sommet de l’État
L’implication du Premier ministre dans cette affaire va au-delà d’un simple geste politique. Il est accusé d’entretenir des relations étroites avec Nenel Cassy, que certains considèrent comme l’un des « courtiers informels » du pouvoir auprès des chefs de gang qui contrôlent plusieurs zones stratégiques de la capitale. Quant à Me Frantz Monclair, commissaire du gouvernement, il est accusé de s’être volontairement soustrait à l’obligation de coopération avec la police judiciaire, préférant répondre à l’appel de son supérieur politique plutôt que celui de la justice.
Une source au sein du parquet de Port-au-Prince, sous couvert d’anonymat, confie :
« Ce n’est plus une question de justice, mais de survie politique. Et ceux qui protègent ces réseaux le font parfois par peur, souvent par intérêt. »
La réaction de la société civile
Face à ce que beaucoup perçoivent comme un affront direct aux principes d’intégrité et de justice, le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) a rompu le silence. Dans une note sévère et sans équivoque, l’organisation exige non seulement la révocation immédiate de Madame Katherine Cassy Chéry, mais aussi celle du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, du ministre de l’Intérieur Paul Antoine Bien-Aimé, et du commissaire du gouvernement Frantz Monclair.
« Cette nomination est une insulte aux victimes du terrorisme, aux familles brisées par la violence, et à tous ceux qui continuent de croire qu’un État de droit est possible en Haïti », déclare Djovany Michel, secrétaire général du RHAJAC.
Vers une nouvelle crise de légitimité ?
Ce scandale n’est pas isolé. Il vient s’ajouter à une série de décisions gouvernementales controversées qui affaiblissent davantage la crédibilité d’un pouvoir déjà fragilisé par les crises économiques, l’insécurité généralisée et l’effondrement institutionnel.
Les appels à la démission du Premier ministre se multiplient, mais aucune réaction officielle n’a été enregistrée jusqu’à ce jour. Le silence des autorités pourrait bien être, une fois de plus, la preuve d’un consensus tacite autour de l’impunité.
Plus qu’une nomination, c’est un symbole. Celui d’un pouvoir qui, aux yeux de nombreux Haïtiens, ne rend plus de comptes qu’à ses alliés les plus opaques. Et d’une population qui, entre résignation et indignation, cherche encore à croire qu’un autre avenir est possible.
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