Pour la première fois depuis l’assassinat brutal du président haïtien Jovenel Moïse en juillet 2021, l’un de ses fils, Joverlin Moïse, prend publiquement la parole. Dans une interview poignante, il raconte un épisode glaçant : avoir échappé de peu à une tentative d’assassinat, alors qu’il se trouvait avec son jeune fils, âgé de seulement trois ans. Le document d’identité qu’il détenait — un passeport mentionnant clairement qu’il est le fils de l’ancien président — n’a pas suffi à lui garantir protection.
Une fuite précipitée sous la menace
Quelques semaines après l’assassinat de son père, survenu dans des conditions encore largement troubles, Joverlin affirme avoir été la cible d’une tentative d’élimination. « Ils savaient exactement qui j’étais. Ils n’ont pas hésité à me suivre. Mon fils était avec moi. Ce qui s’est passé est inqualifiable », confie-t-il, visiblement encore marqué par l’événement.
Il explique avoir dû fuir dans l’urgence, accompagné de son enfant. Dans l’espoir d’obtenir refuge et sécurité, il s’est alors dirigé vers un lieu censé représenter un allié solide d’Haïti : l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince.
Un accueil glacial à l’ambassade des États-Unis
Mais à son arrivée, l’accueil qu’il a reçu l’a profondément déconcerté. Selon ses déclarations, malgré la gravité de la situation et la nature exceptionnelle de sa demande — en tant que fils d’un président haïtien assassiné — l’ambassade ne lui aurait offert aucune assistance spéciale.
« Je portais un passeport diplomatique qui précisait que j’étais le fils du président. Je fuyais une tentative d’assassinat. Mon fils avait trois ans. Et pourtant, ils m’ont traité comme un simple inconnu. »
Ces propos jettent une lumière crue sur la posture des États-Unis dans cette affaire. Le manque de réaction, jugé par certains comme un acte d’indifférence, voire de méfiance, soulève des interrogations sur la nature réelle des relations entre Washington et Port-au-Prince — au-delà des discours officiels de partenariat.
Malaise autour d’un silence diplomatique
Joverlin Moïse ne porte pas d’accusation directe, mais son récit met en évidence un sentiment de trahison. Beaucoup en Haïti se demandent pourquoi les États-Unis, historiquement impliqués dans les affaires politiques haïtiennes, n’ont pas offert davantage de protection ou d’asile à un membre aussi direct de la famille présidentielle.
« Ce n’est pas seulement une affaire de protocole. C’est une question d’humanité. On parle d’un enfant, d’un père en détresse. L’ambassade n’a pas bougé », déclare un ancien diplomate haïtien.
Des révélations qui relancent le débat sur l’après-Jovenel
Ces révélations interviennent dans un contexte toujours marqué par l’opacité autour des commanditaires du meurtre de Jovenel Moïse. Plus de trois ans après les faits, l’enquête internationale progresse lentement, tandis que le flou politique en Haïti continue d’alimenter tensions, méfiance et instabilité.
Le témoignage de Joverlin ne vise pas seulement à raconter sa fuite. Il relance aussi, indirectement, des questions cruciales : Pourquoi la sécurité de la famille présidentielle n’a-t-elle pas été garantie ? Pourquoi les États-Unis, pays souvent présenté comme un allié stratégique d’Haïti, ont-ils refusé de le recevoir ? Y a-t-il eu une volonté politique de garder ses distances ?
Un appel à la vérité, au-delà des alliances
Joverlin Moïse ne se présente pas en victime, mais en témoin d’une réalité douloureuse. Derrière ses mots, il y a aussi un appel : à la justice, à la transparence, et à une forme de reconnaissance. Pour lui, pour son père, et pour un pays qui, depuis trop longtemps, vacille entre l’ingérence extérieure et l’abandon intérieur.



