Par [Amoureux de la sagesse]
Alors que le monde s’enlise dans de nouvelles configurations géopolitiques, Haïti, pays meurtri par des décennies de crises politiques, économiques et sociales, semble toujours marcher à contre-courant des opportunités historiques. À l’heure où l’administration américaine — particulièrement celle de Donald Trump — a traité la crise haïtienne avec désinvolture, voire avec mépris, notamment à travers le traitement inhumain réservé aux migrants haïtiens, la question se pose : est-il encore judicieux pour Port-au-Prince de rester aveuglément fidèle à des puissances qui ne lui témoignent ni respect ni intérêt stratégique réel ?
Un partenaire devenu distant
La relation entre Haïti et les États-Unis remonte à plus d’un siècle. Washington s’est souvent présenté comme le protecteur – parfois l’arbitre – des affaires haïtiennes. Mais cette proximité a rarement été synonyme de développement durable pour l’île. Sous l’administration Trump, cette relation s’est davantage détériorée. Les images de migrants haïtiens pourchassés à cheval à la frontière texane, traités comme des criminels, ont marqué les esprits. Le silence complice de certains dirigeants haïtiens face à ces humiliations a été perçu comme une nouvelle trahison de la souveraineté nationale.
Cette indifférence américaine — volontaire ou stratégique — devrait pousser Haïti à élargir son spectre diplomatique, au lieu de se contenter d’un alignement automatique sur les choix occidentaux, souvent dictés par des intérêts qui ne recoupent pas ceux du peuple haïtien.
La Chine et la Russie : ennemis ou alternatives ?
Dans un monde devenu multipolaire, de nouvelles puissances, notamment la Chine et la Russie, cherchent à étendre leur influence dans les Caraïbes et en Afrique. Pékin, par exemple, a considérablement renforcé sa présence économique et diplomatique en Afrique et dans certains États d’Amérique latine. Moscou, de son côté, s’efforce de revenir sur l’échiquier mondial, notamment en s’affichant comme une alternative à l’hégémonie occidentale.
Pourquoi Haïti ne pourrait-elle pas entamer un dialogue stratégique avec ces puissances émergentes ? Certains experts en relations internationales y voient une opportunité d’échapper au cercle vicieux d’une dépendance historique vis-à-vis des États-Unis, de la France et du Canada — des alliés traditionnels qui, malgré des décennies de coopération, n’ont pas réussi à sortir le pays du chaos.
S’engager avec la Chine pourrait, par exemple, offrir des perspectives d’investissements dans les infrastructures, la santé ou l’éducation. Quant à la Russie, sa diplomatie parfois agressive peut sembler risquée, mais elle a aussi su se positionner comme un partenaire militaire ou énergétique solide pour plusieurs pays marginalisés par l’Occident.
Une souveraineté en sursis
Cependant, cette réflexion stratégique reste, pour le moment, hors du champ de vision des dirigeants haïtiens. Tétanisés par la peur de froisser Washington ou Paris, beaucoup préfèrent maintenir le statu quo, quitte à accepter que leur pays continue de sombrer. Les élites politiques et économiques haïtiennes, souvent formées ou liées à ces puissances occidentales, agissent parfois davantage comme des relais d’intérêts étrangers que comme les représentants d’un État souverain.
L’opinion publique, elle, semble de plus en plus désabusée. Entre l’insécurité grandissante, l’effondrement des institutions et l’absence de perspectives économiques, une majorité d’Haïtiens ne croit plus aux promesses des partenaires historiques. Ils veulent des résultats, pas des discours. Un changement d’orientation diplomatique, aussi audacieux soit-il, pourrait redonner espoir.
Vers une diplomatie de dignité ?
Haïti n’a pas à renier ses alliances traditionnelles, mais il est temps qu’elle cesse de les vivre comme une dépendance. Le moment semble venu de redéfinir les contours de sa politique étrangère, en fonction de ses propres intérêts et de ceux de son peuple. L’histoire regorge d’exemples de pays qui, en se réinventant diplomatiquement, ont retrouvé leur souveraineté politique et leur vitalité économique.
Ignorer cette opportunité aujourd’hui, ce serait risquer de la voir disparaître demain. La diplomatie haïtienne ne doit plus être celle d’un pays à genoux, quémandant l’aide ou l’attention de puissances indifférentes. Elle doit devenir celle d’un État conscient de sa valeur, capable de faire des choix courageux.
Reste à savoir si les dirigeants haïtiens auront la vision et le courage d’initier ce tournant.



