Par notre rédaction Haïtiens.org
Dans une tournure inattendue du dossier explosif de l’assassinat du président Jovenel Moïse, l’ancien Premier ministre Claude Joseph a transmis ce lundi 30 juin un ensemble de documents officiels à la cour d’appel de Port-au-Prince. Selon nos informations, ces pièces viseraient plusieurs personnalités puissantes du monde économique et politique haïtien, notamment la compagnie Sogener ainsi que (Reginald) Boulos, homme d’affaires controversé et ancien allié du pouvoir.
Ce geste, jugé audacieux par certains et stratégique par d’autres, vise à exiger l’ouverture d’une enquête formelle sur de potentielles ramifications économiques et politiques liées à l’assassinat du chef de l’État en juillet 2021.
Des soupçons autour d’un détournement de fonds à l’ONA
Au cœur des documents soumis : un dossier de détournement présumé de 1 million de dollars américains au détriment de l’Office National d’Assurance-Vieillesse (ONA). Ce scandale financier, évoqué de manière sporadique dans la presse, serait lié à des contrats publics et à des prêts douteux accordés à des sociétés et personnalités proches du pouvoir économique.
Claude Joseph précise qu’il ne porte pas d’accusation directe contre les individus nommés, mais insiste pour que « la justice puisse faire son travail sans interférence politique ou économique ».
« Si nous voulons la vérité sur l’assassinat du président, nous devons aussi avoir le courage de regarder là où se trouvent les intérêts puissants. Ce n’est pas une chasse aux sorcières, c’est un devoir envers la mémoire de Jovenel Moïse », a-t-il déclaré devant la presse.
Le président Moïse avait suspendu plusieurs contrats majeurs
Il est de notoriété publique que Jovenel Moïse, peu avant sa mort, avait entrepris de réévaluer plusieurs contrats d’État jugés léonins, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et de la gestion des fonds publics. Parmi les contrats ciblés figuraient des engagements avec Sogener, une entreprise opérant dans le domaine de l’électricité, et souvent pointée du doigt pour ses relations privilégiées avec les anciens régimes.
La décision du président de rompre ou suspendre ces contrats aurait, selon certaines analyses, créé de vives tensions avec de puissants groupes d’intérêt, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
Des sources proches du dossier évoquent aujourd’hui la possibilité que des enjeux économiques majeurs aient joué un rôle dans la conspiration ayant mené à sa mort.
Une justice à l’épreuve de l’influence
Le dépôt de ces documents intervient dans un contexte où la population doute de plus en plus de l’indépendance de la justice haïtienne. Plusieurs juges en charge du dossier ont été menacés, déplacés ou se sont démis de leurs fonctions, tandis que de nombreuses personnalités clés n’ont jamais été interrogées.
« Trop de silences entourent ce crime. Si la justice n’ouvre pas une enquête sérieuse sur tous les axes possibles – politique, économique, financier – alors nous serons encore loin de la vérité », estime un avocat du barreau de Port-au-Prince.
Des mandats avaient déjà été envisagés contre Jovenel Moïse avant sa mort
Autre élément troublant mentionné dans les documents : des tentatives avancées de certaines figures judiciaires pour faire émettre un mandat d’arrêt contre le président alors qu’il était encore en fonction. Ces initiatives, restées jusqu’ici confidentielles, pourraient indiquer un climat de rupture radicale entre certaines élites institutionnelles et le pouvoir exécutif de Jovenel Moïse.
Claude Joseph demande désormais que ces éléments soient versés au dossier officiel de l’assassinat, afin de permettre une compréhension plus large de l’environnement politique et économique dans lequel le crime a été commis.
Vers une justice courageuse ?
Dans une Haïti où la justice peine souvent à faire tomber les murs de l’impunité, ce développement représente un test de transparence et d’indépendance. Le pays, toujours sous le choc de la perte brutale de son président, attend des réponses. Pas seulement sur l’identité des exécutants, mais surtout sur les véritables commanditaires, ceux qui ont profité du silence, de la peur, et du chaos.
« Le président Moïse a peut-être été tué parce qu’il dérangeait un ordre établi », souffle un ancien cadre de la présidence. « Si la vérité éclate un jour, elle ne sortira pas seulement des couloirs du Palais, mais aussi des tours de verre de certains bureaux privés.



