Desoulye, Pont-Sondé | 24 juin 2025 — La colère gronde dans la vallée de l’Artibonite. Depuis les premières heures du jour, des habitants de la région de Desoulye, à proximité de Pont-Sondé, ont érigé des barricades sur la route nationale numéro 1, axe vital reliant le nord et le sud du pays. Une action de protestation pour une cause bien précise : exiger des autorités une opération décisive contre la base du groupe armé Gran Grif, implantée à Savien, dont les exactions plongent la population dans une peur permanente.
« Nou bouke kriye ! »
« Nou pa ka viv konsa ankò. Chak swa se kout zam, chak jounen se rans. » Le cri d’une résidente rencontrée sur les lieux résume le ras-le-bol d’une communauté qui vit depuis trop longtemps sous la menace. Gran Grif, groupe armé notoire actif dans la commune de Petite Rivière de l’Artibonite, impose sa loi dans la région depuis des années : enlèvements, extorsions, assassinats ciblés. La population en a assez. Et cette fois, elle le fait savoir à haute voix.
Selon plusieurs témoins sur place, des pneus enflammés, pierres et troncs d’arbres ont été déposés tout au long de la chaussée à Desoulye, coupant toute circulation entre Saint-Marc et Gonaïves. Des véhicules ont été contraints de rebrousser chemin, tandis que d’autres sont restés immobilisés pendant plusieurs heures.
Une exigence claire : l’intervention du DDA et du Conseil présidentiel
Les manifestants exigent l’intervention immédiate du Délégué Départemental de l’Artibonite (DDA) et du Conseil présidentiel de transition (CP), en particulier du conseiller Altis, qu’ils interpellent directement. Pour eux, les promesses ne suffisent plus : il faut passer à l’action.
« Nou tande yo di yap fè operasyon, men chak fwa se pawòl ki pa janm suiv ak aksyon. Nou bezwen baz Savien disparèt. Se sèl sa ki ka mete lapè », explique un leader communautaire sur place, visiblement épuisé mais déterminé.
Une route bloquée, un pays à l’arrêt
Le blocage de la RN1, artère cruciale pour l’économie haïtienne, n’est pas anodin. Il ralentit non seulement les déplacements des particuliers, mais perturbe aussi le transport de marchandises, notamment les produits agricoles de la vallée. Un commerçant de Gonaïves, bloqué à Pont-Sondé, témoigne : « Chak jou pèdi sou wout la, se lajan pèdi. Men nou konprann pèp la. Yo pa kapab ankò. »
Des autorités silencieuses, une population à bout
Jusqu’à la mi-journée, aucune réaction officielle n’avait encore été enregistrée du côté des autorités départementales ou nationales. Le silence des dirigeants face à une demande aussi claire renforce le sentiment d’abandon qui domine dans la région.
Depuis plusieurs mois, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à une stratégie nationale de démantèlement des groupes armés dans l’Artibonite, mais les actions concrètes tardent à venir. Pour les habitants de Desoulye et de Pont-Sondé, chaque jour sans intervention est un jour de plus à vivre dans la peur.
Un signal fort venu de la rue
Ce blocage ne ressemble pas aux manifestations classiques motivées par des revendications sociales ou économiques. Il s’agit ici d’un appel à la survie. Les barricades ne réclament ni nourriture, ni essence, mais la sécurité. Un droit fondamental.
Le message des manifestants est clair : si les autorités ne prennent pas leurs responsabilités, le peuple agira. Et cette fois, non pas avec violence, mais avec détermination. Jusqu’à ce que la base de Gran Grif soit démantelée.
Un climat fragile, un État à la croisée des chemins
L’action de Desoulye est peut-être un avant-goût d’une mobilisation plus large à travers l’Artibonite, voire dans d’autres régions soumises à l’emprise des gangs. Elle rappelle que la sécurité ne peut plus attendre. Et qu’au-delà des discours politiques, c’est désormais la rue qui exige des réponses claires.



