Cap-Haïtien — 28 mai 2025. L’activiste panafricaniste franco-béninois Kemi Seba a posé le pied en Haïti ce jeudi, amorçant une tournée qui se veut à la fois symbolique et politique. À son arrivée à l’aéroport international de Cap-Haïtien, devant une foule de sympathisants, il a livré un discours percutant, fidèle à son ton habituel : « Ce qui se passe en Haïti en ce moment, c’est parce qu’Haïti n’a pas décidé de se prosterner devant les impérialistes. Les Haïtiens doivent se battre pour changer Haïti », a-t-il déclaré, sous les applaudissements nourris.
Cette visite survient dans un contexte de tension extrême dans le pays, marqué par l’effondrement progressif des institutions étatiques, une insécurité chronique alimentée par les gangs armés, et une crise socio-économique sans précédent. Alors que les regards internationaux peinent à se détourner du chaos haïtien, les paroles de Kemi Seba viennent raviver une lecture géopolitique plus large du drame haïtien.
Une parole politique et décoloniale
Connu pour ses positions tranchées contre l’impérialisme occidental et le néocolonialisme, Kemi Seba voit en Haïti un symbole puissant. « Haïti est le premier peuple noir à s’être libéré de l’esclavage colonial, au prix du sang. Et aujourd’hui encore, son refus de se soumettre dérange », a-t-il ajouté lors d’un échange avec des journalistes locaux. Il entend ainsi rappeler que la situation actuelle, bien que complexe et multidimensionnelle, ne peut être lue sans considérer le poids de l’histoire et les ingérences extérieures.
Depuis plusieurs années, Seba parcourt le continent africain et la diaspora pour promouvoir une souveraineté africaine débarrassée des tutelles étrangères, notamment françaises et américaines. Son passage en Haïti s’inscrit donc dans une volonté d’étendre ce combat à d’autres terres historiquement liées par la mémoire de la traite, de l’esclavage, mais aussi de la résistance.
Une visite qui divise
Si le discours de Kemi Seba trouve un écho favorable chez de nombreux jeunes haïtiens, fatigués de décennies d’humiliation et d’instabilité, il n’est pas sans soulever la controverse. Certains intellectuels et membres de la société civile lui reprochent une rhétorique simpliste, voire populiste, qui pourrait détourner l’attention des problèmes internes réels, tels que la corruption, la fragmentation politique ou les luttes de pouvoir internes.
Mais pour les partisans de Seba, ce type de discours est précisément ce qui manque dans le débat haïtien : une remise en question radicale des rapports de force globaux, et une redéfinition du rôle du peuple haïtien dans son propre avenir. « On ne peut pas construire une Haïti libre sans casser les chaînes invisibles qui la rattachent encore aux anciennes puissances coloniales », explique Jean-Daniel, un jeune étudiant rencontré lors du rassemblement.
Une tournée chargée de symboles
Durant son séjour, Kemi Seba prévoit de visiter plusieurs lieux emblématiques de l’histoire haïtienne, notamment Vertières, site de la dernière grande bataille de la révolution haïtienne. Il doit également s’entretenir avec des leaders communautaires, des universitaires et des militants de base.
Si les retombées concrètes de cette visite restent à mesurer, une chose est certaine : la parole de Seba rallume une flamme dans un pays où la lutte pour la dignité, l’autodétermination et la justice sociale reste plus que jamais d’actualité.



