À l’approche du 7 février, date symbolique et politiquement déterminante dans le calendrier haïtien, le débat sur la légitimité du pouvoir de transition revient avec force. Au cœur de cette controverse : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, nommé par le Conseil présidentiel de transition (CPT) dans le cadre d’un accord politique censé rétablir la sécurité et conduire le pays vers des élections crédibles.
Pour le journaliste d’enquête et anticorruption Djovany Michel, la situation est sans ambiguïté : le Premier ministre comme l’organe qui l’a désigné ont failli à leur mission fondamentale. Sécurité inexistante, territoires abandonnés aux groupes armés, administration publique paralysée, horizon électoral inexistant : aucun des engagements centraux de la transition n’a été respecté.
Selon cette lecture, Alix Didier Fils-Aimé n’est pas seulement contesté pour son bilan, mais pour son absence de crédibilité structurelle, liée directement au CPT dont il est politiquement et juridiquement indissociable. Le Conseil présidentiel, conçu comme un mécanisme temporaire de stabilisation, devait créer les conditions minimales pour sortir de l’exception permanente. Or, il s’est enfermé dans une logique d’autoconservation, sans résultats tangibles pour la population.
Dès lors, une question centrale s’impose : sur quelle base juridique ou politique le Premier ministre pourrait-il prétendre rester en fonction après le 7 février, même à titre provisoire ? L’argument de la gestion des affaires courantes ne tient que s’il existe un cadre légal clair et un consensus politique minimal. Or, ni l’un ni l’autre ne semblent réunis.
Pour Djovany Michel, maintenir Alix Didier Fils-Aimé à la Primature au-delà de cette date reviendrait à institutionnaliser l’échec, en prolongeant une transition devenue, de fait, un système clos, incapable de produire sécurité, gouvernance ou perspectives démocratiques. Pire encore, cette prolongation risquerait d’aggraver la défiance populaire et d’alimenter une spirale de transition permanente, sans responsabilité ni reddition de comptes.
Dans un pays où l’État peine déjà à garantir le droit élémentaire à la vie et à la sécurité, la question de la légitimité n’est pas abstraite : elle conditionne la possibilité même d’organiser des élections crédibles. Sans autorité reconnue, sans leadership crédible et sans rupture claire avec les arrangements politiques inefficaces, aucune sortie de crise n’est envisageable.
La conclusion est sévère mais claire : après le 7 février, Alix Didier Fils-Aimé ne disposera d’aucune légitimité politique, tant que le cadre de la transition n’aura pas été repensé en profondeur. Pour Djovany Michel, il ne s’agit plus de gérer le temps, mais de mettre fin à une transition devenue criminelle par son inaction, afin de rétablir au moins un minimum de sécurité et de confiance démocratique.



