Lorsqu’on évoque l’histoire de l’indépendance d’Haïti, l’attention se porte souvent sur la célèbre bataille de Bataille de Vertières du 18 novembre 1803. Pourtant, bien avant cette victoire historique, toute l’année 1803 fut marquée par une succession de combats sanglants opposant les anciens esclaves insurgés aux troupes françaises envoyées par Napoléon Bonaparte pour reprendre le contrôle de la colonie de Saint-Domingue.
Des documents historiques rédigés par Donatien de Rochambeau témoignent de l’ampleur de la résistance haïtienne et de l’effondrement progressif des forces coloniales françaises sur le territoire.
Dans un rapport adressé aux autorités françaises le 28 avril 1803, Rochambeau décrit une colonie en état de guerre permanente. Il y mentionne notamment des attaques répétées contre Fort-Dauphin, affirmant que « les brigands » — terme utilisé par les autorités coloniales pour désigner les insurgés haïtiens — avaient attaqué la ville à deux reprises avant d’être repoussés par le général Quantin.
Le même climat de violence régnait également à Port-de-Paix, où les troupes françaises dirigées par le commandant Rippert tentaient de résister à l’avancée des combattants haïtiens.
Dans une autre correspondance datée du 29 avril 1803, Rochambeau évoque une situation dramatique dans le Sud du pays, particulièrement à Jacmel, où le général Bageot affrontait les insurgés dans des combats extrêmement meurtriers.
Le général français reconnaît alors l’ampleur des pertes subies par son armée. Selon ses propres mots, sur les 15 000 soldats disponibles dans cette région, une grande partie avait déjà péri, tandis que les survivants continuaient de mourir chaque jour sous l’effet des combats, des maladies et de l’épuisement.
Le 14 mai 1803, dans une nouvelle lettre adressée à Napoléon Bonaparte, Rochambeau admet que les ressources financières allouées à la guerre sont insuffisantes. Il affirme que le budget de deux millions de francs par mois ne permet plus de soutenir efficacement les opérations militaires dans la colonie.
Face à l’ampleur de la résistance haïtienne, Rochambeau réclame alors l’envoi de nouvelles troupes et recommande une répression totale contre les esclaves insurgés, qu’il qualifie de « fugitifs ». Dans cette correspondance, il évoque même la nécessité de « désarmer, détruire et exterminer » les rebelles afin de permettre à la France de reprendre le contrôle du territoire.
Ces propos illustrent la brutalité extrême de la guerre menée par les autorités françaises contre les anciens esclaves révoltés, déterminés à mettre fin définitivement au système colonial et à l’esclavage.
Dans le même rapport, Rochambeau reconnaît également que le Sud de la colonie est « en pleine insurrection » et s’inquiète du rôle joué par plusieurs chefs haïtiens dans l’organisation de la résistance.
Pendant ce temps, dans le Nord, les combats se poursuivent avec intensité alors que les troupes françaises, affaiblies et démoralisées, attendent désespérément des renforts venus de France.
Ces correspondances historiques montrent clairement qu’avant même Vertières, l’année 1803 représentait déjà un tournant majeur dans la lutte pour l’indépendance. À travers tout le territoire, les anciens esclaves avaient engagé une guerre totale contre l’une des plus puissantes armées du monde.
Cette résistance acharnée allait finalement conduire, quelques mois plus tard, à la chute définitive du système colonial français et à la naissance de la première république noire indépendante du monde.
